Accueil > Ressources > Les chroniques d'Yvan Amar à lire, écouter et visionner

Les chroniques d'Yvan Amar à lire, écouter et visionner

Taille actuelle: 100%

Proposé par Dis-moi dix mots le 16/10/2015

Vidéos Dis-moi dix mots 2015-2016
Vidéos Dis-moi dix mots, © Réseau Canopé - 2015

CHAFOUIN (France)

Script

« Je me sens tout chafouin, ce matin ! »

Une phrase qui n’est peut-être pas si fréquente, mais qu’on envisage comme possible… C'est-à-dire… je suis mal réveillé, pas d’excellente humeur, les yeux encore mi-clos et l’esprit embrumé… Un peu « rétrignolé » quoi !

Mais ce « rétrignolé » appartient à un français un peu familier du Midi. Alors que chafouin est moins senti comme un mot régional ou périphérique.

Une chose est sûre : son sens a évolué depuis le XVIe siècle, époque où on le voit apparaître : si l’on peut s’avouer soi-même chafouin, c’est que le terme n’est pas trop injurieux. Or il l’a été longtemps : une allure chafouine a d’abord fait penser à un air sournois, hypocrite. Et au départ, il s’agissait d’un nom : un chafouin, une chafouine. Alors qu’aujourd’hui, c’est uniquement un adjectif.

Pourquoi celui qui est chafouin fait-il ainsi ses coups en douce, par-derrière, alors qu’il se présente comme faible, timide, vaguement victime ? Il croise les attributs du chat et de la fouine : d’un côté, le félin, volontiers immobile et semblant assoupi dont rien ne laisse prévoir qu’il va se détendre et sauter sur sa proie. De l’autre, la fouine au museau pointu, qui vient fureter, et qui évoque l’indiscrétion de celui qui va fouiller dans les affaires des autres pour leur nuire.

Et n’oublions pas que le chafouin, au XVIIe, était l’autre nom du putois. Il en reste comme une odeur qui collerait à ses syllabes.

Dis-moi dix mots - Chafouin, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur chafouin à découvrir sur le site de Canopé. 

CHAMPAGNÉ (République du Congo)

Script

« Il est champagné ! Il est bien champagné ! » C'est-à-dire qu’il est bien accompagné, qu’il ne manque pas de relations mondaines.

Le mot pittoresque est inventé de toutes pièces, comme s’il dérivait d’un verbe « champagner », qu’on n’a jamais entendu, bien sûr !

On l’entend essentiellement en Afrique centrale, et il évoque celui qui vit dans un monde de fête et de célébrations. Comme si le champagne était justement un symbole de ces manifestations un peu superficielles et qui font rêver. Les bulles y sont sûrement pour quelque chose ! Le champagne est un vin pétillant qui représente un éphémère brillant, et même peut-être un peu clinquant. Mais cette séduction, qui vient mourir en claquant sur votre palais ne grise que l’espace d’un instant. Cette volupté est donc d’autant plus délicieuse qu’elle est fragile.
Ce cliché d’une vie étourdissante comme une valse fait surtout rêver ceux qui en sont exclus.

Mais elle ne leur ôte pas leur sens de l’humour et de la dérision : les « champagnés », on s’en moque facilement ! C’est surtout à ça que sert ce mot, ironique sans être envieux ou méprisant. Il représente tout un esprit d’invention, satirique, libre de rire quand il le veut, et totalement insouciant par rapport au purisme des académies. C’est très loin de Paris, et même de la Champagne qu’on peut imaginer un français aussi facétieux ! 

Dis-moi dix mots - Champagné, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur champagné à découvrir sur le site de Canopé.

DÉPANNEUR (Quebec)

Script

Le dépanneur, une spécialité québécoise !

Le mot appartient en effet au français qu’on parle là-bas. Il se comprend très facilement : c’est une petite épicerie, ouverte tard le soir. Beaucoup d’entre elles d’ailleurs s’appellent sans ambiguïté l’épicerie couche-tard ou le dépanneur couche-tard : elles ne ferment pas avant 11 heures du soir, et restent souvent ouvertes bien plus tard et parfois toute la nuit.

On va donc chez le dépanneur s’il manque quelque chose à la maison, si on a besoin d’huile, de café, si on veut manger une pizza ou si une ampoule a éclaté. On va aussi chez le dépanneur pour faire le plein d’essence : devant la boutique se trouve fréquemment une pompe.

Mais le mot s’exporte-t-il ? Pas vraiment, car il s’inscrit dans un paysage très nord-américain : les épiceries existent au Québec, mais elles renvoient plutôt à ce qu’on appellerait en Europe un supermarché. Et elles sont situées bien souvent dans des centres commerciaux, alors que les dépanneurs se trouvent dans les zones d’habitation.

En tout cas, le dépanneur porte bien son nom : il vous vient en aide quand vous êtes en panne, c'est-à-dire quand, à l’improviste, sans qu’on s’en soit avisé, on est en manque de quelque chose, et qu’on aurait bien besoin d’un peu d’aide. Il y a un côté un peu magique dans cette présence inopinée qui surgit juste quand on a besoin d’elle, et qui vous propose précisément ce qui vous fait défaut. Et quand il a rempli son office, on peut l’oublier : il disparaît, ne vous laissant que son sourire bienveillant.

 

Dis-moi dix mots - Dépanneur, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur dépanneur à découvrir sur le site de Canopé.

DRACHER (Belgique)

Script 

Quand il drache, c’est qu’il pleut ! Et fort ! Ca mouille, il pleut à verse, il pleut à torrent, il pleut à seaux, il pleut des cordes, il pleut des hallebardes…

Les équivalents ne manquent pas, dans une langue plus ou moins familière. Mais si les images semblent universelles, les mots ont pourtant une appartenance. Et la drache appartient en propre à la Belgique, plat pays trempé qui absorbe beaucoup d’eau chaque année. Son humidité s’exprime avec fatalisme ou exaspération, parfois même avec ironie : la drache nationale, c’est celle qui tombe le jour de la fête nationale, pourtant en plein été, le 21 juillet, pour le malin plaisir de gâcher la fête, de ruiner les bals aux lampions et d’éteindre les feux d’artifice. Mais c’est surtout le sabotage du défilé militaire et la marche ruisselante et flegmatique des unités en grand uniforme qui fonde cette expression narquoise.

L’origine germanique du terme « drache » s’entend. Et en effet le verbe est calqué sur son homologue flamand, drachein, qui se distingue d’ailleurs de son homologue standard néerlandais.

En revanche, c’est probablement le hasard que la ressemblance de la drache et du crachin. Celui-là, on le trouverait plutôt entre la Bretagne et la Normandie : une petite pluie fine, presque invisible, qu’on sent à peine et qui vous trempe jusqu’aux os.

 

Dis-moi dix mots - Dracher, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur dracher à découvrir sur le site de Canopé.

FADA (France)

Script

« Il est fada ! Complètement fada ! »

Le mot est compris un peu partout en France, et même en Francophonie, mais il n’a pas perdu son accent : quand on l’emploie, on sait que c’est un mot du Midi. Et si l’on n’est pas méridional soi-même, on le prononce presque comme un emprunt, un clin d’œil à la Provence.

Son sens est simple : le fada, c’est celui qui n’y est pas, ou qui n’y est plus. Celui qui est à l’Ouest, dirait-on avec une autre image où l’orientation a sa place.

Le mot sert à critiquer, à pointer que quelqu’un a perdu le sens des choses, n’a plus un rapport sensé avec le monde. Et la critique s’applique non seulement à un individu, mais souvent à toute une population : les gens du nord, pour ceux du sud, les gens des villes pour ceux des campagnes… comme si le progrès et la vie moderne pouvaient ôter une sorte de sagesse tranquille.

Sa sonorité, avec ses deux « a », indique bien qu’on s’éloigne du français traditionnel, mais on est plus embarrassé pour déterminer l’origine réelle du mot. Il apparaît en provençal, plus exactement on occitan, et semble vouloir dire d’abord « charmé », « ensorcelé ».

L’esprit du fada aurait donc été capté par des esprits plus ou moins bien intentionnés : on lorgne vers le surnaturel.

Mais attention ! le fada, c’est aussi parfois l’idiot du village, celui qui débite… des fadaises : ces deux mots appartiennent à la même famille… Et on se rapproche là d’une origine plus lointaine, qui nous fait remonter au latin : fatuus veut dire bête ou même extravagant. Et l’origine de ce mot est toute différente de celle qui nous donne le terme fée et qui s’apparente au fatum, c'est-à-dire au destin.

Mais avec le temps, les origines se sont rapprochées : la contagion d’un sens sur l’autre a été inévitable !

 

Dis-moi dix mots - Fada, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur fada à découvrir sur le site de Canopé.

LUMEROTTE (Belgique)

Script

Avec une lumerotte, on ne verra jamais grand-chose.

Et le mot lui-même nous le laisse deviner : il commence par s’allumer – comme lumière – et finit presque comme s’il était éteint, avec cette syllabe : « otte » ! On voit bien qu’elle est là pour diminuer les choses : on en a de bons exemples avec d’autres termes, menotte, quenotte, un peu familiers, un peu enfantins.

Alors notre lumerotte donne l’idée d’une lueur vacillante, fragile, et qui n’éclaire pas grand-chose. C’est un peu l’équivalent de la veilleuse : elle n’est pas vraiment faite pour éclairer, mais pour qu’on échappe au noir complet. Grâce à elle, on peut s’orienter, trouver la porte, éviter les meubles, ou simplement ne pas avoir trop peur de l’obscurité.

On ne l’entend qu’en Belgique, contrairement au lumignon, construit de façon assez semblable, mais qu’on a aussi employé en France. Cette famille a d’ailleurs une vivacité particulière dans cette région ; on dit encore « le Père Albert n’est pas couché : il y a encore une lampe qui lume chez lui. »

Mais la lumerotte est-elle promise à un bel avenir ?

Le destin des mots est imprévisible : alors qu’elle semblait doucement s’éteindre dans la mémoire des francophones, et même des Belges, une tradition venue du monde anglo-saxon lui a donné une nouvelle vigueur ! L’incroyable vogue de la fête d’Halloween fait fabriquer un peu partout au début du mois de novembre des lanternes de sorcier improvisées, des citrouilles percées de petites ouvertures dans lesquelles on plante des bougies. Et une nouvelle vie commence pour la lumerotte…

Dis-moi dix mots - Lumerotte, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur lumerotte à découvrir sur le site de Canopé.

POUDRERIE (Quebec)

Script

Poudrerie ! En voilà un nom léger, qui virevolte et qui tourbillonne ! Et qui, en même temps, évoque une langue un peu ancienne, qui se rappelle les habitudes du passé : cette fin de mot, en « erie », n’est plus si usuelle parmi les mots qu’on fabrique de nos jours.

On ne sera donc pas étonné en apprenant que le mot nous vient du Québec, qui renoue volontiers avec ce français de jadis pour l’adapter à la vie qui l’entoure et qui le glace une partie de l’année. 

La poudrerie, c’est cette neige tombée au sol, mais que le vent peut soulever et raviver comme un feu follet d’hiver, une neige subtile qui accompagne le promeneur. L’inverse de la sloche, plus urbaine et surtout plus lourde, plus grasse, plus sale : la sloche, c’est la neige mêlée d’eau, cette gadoue glissante qui colle aux chaussures, que souvent on a fait fondre avec du sel pour qu’elle n’empêche pas la circulation.

On voit bien que la neige a des textures et des apparences bien différentes, et que les pays du froid doivent trouver un nom pour chacune : la poudrerie n’est pas non plus la poudreuse, un mot qu’on utilise aussi bien en France et en Suisse, pour désigner cette neige vierge, non damée, où le skieur s’aventure sans être trop sûr de ses appuis.

Mais elle évoque la poudre, une substance si fine qu’elle flirte toujours entre le concret et l’immatériel : la poudre d’escampette, la poudre de Perlimpinpin ou la poudre à canon partagent avec la poudrerie cette instabilité rêveuse et légèrement inquiétante.

Dis-moi dix mots - Poudrerie, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur poudrerie à découvrir sur le site de Canopé.

RISTRETTE (Suisse)

Script

​Le ristrette est certainement une spécialité suisse, même si elle vient d’Italie.

Le ristrette ou la ristrette ? Les deux, semble-t-il, peuvent s’entendre. Le féminin rend justice à l’apparence du mot en français bien sûr : un mot qui se termine en « ette » est très naturellement associé ce genre. Mais l’origine italienne est encore toute proche : ristretto, qui, bien sûr, est au masculin. Alors un ristrette, au bar… ? Pourquoi pas.

Et le sens se comprend facilement : ristretto, c’est serré. On a donc quelques gouttes de café, à peine une demi-tasse, au goût chaud, intense et généreux. À peine plus d’une gorgée et tout le café irradie son énergie dans le corps de celui qui le boit !

Cette manière de préparer et de déguster le café étant une spécialité italienne, on a eu d’autres emprunts, pour désigner à peu près la même chose : l’espresso devient l’express, avec une image assez semblable : un café très finement moulu où passe une vapeur brûlante qui en garde tous les arômes. On exprime donc le suc de cette graine, en reprenant l’un des sens d’origine de ce verbe : on la presse pour l’en faire sortir.

Les échos du mot ne se bornent pas à évoquer ce plaisir condensé : l’express fait aussi penser à un plaisir rapide autant qu’il est dense. Et on peut rejoindre par là certains usages figurés du premier mot qu’on envisageait : la réunion ristrette, l’entrevue ristrette, c’est celle qu’on fait sans perdre de temps, éventuellement sur un coin de table, sans cérémonie, comme un rendez-vous éclair.

Dis-moi dix mots - Ristrette, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur sérendipité à découvrir sur le site de Canopé.

TAP-TAP (République d'Haïti)

Script

Le tap-tap nous emmène directement à Haïti, surtout à Port-au-Prince, la capitale, mais éventuellement un peu partout sur l’île, si l’on sait négocier.

Les tap-tap, ce sont des taxis collectifs, en général des minibus, parfois de grosses voitures, souvent vieilles, souvent rafistolées, réparées de bric et de broc. On voit bien que les mots qui viennent spontanément pour les décrire sont légèrement familiers. C’est normal : le tap-tap lui-même a quelque chose de familier : un transport populaire, pas très cher, pas toujours très confortable, ce qui est indiqué par son nom même. 

Pourquoi tap-tap ? Parce que les amortisseurs ne sont plus neufs depuis longtemps, parce qu’on sent tous les cahots de la rue, parce qu’on est brinquebalé au gré des nids de poule et de la virtuosité du chauffeur. Tap-tap comme tape-cul alors ? Bien sûr !

Dès le départ, on avait remarqué qu’on n’était pas dans un vocabulaire guindé. Mais ces tap-tap se font aussi remarquer par leur aspect pittoresque et bariolé. Leur carrosserie est très souvent entièrement peinte de couleurs vives, avec des dessins, des scènes, des personnages très nombreux : une vitrine ambulante de l’art populaire haïtien ? Un peu, avec en plus des inscriptions, des professions de foi, des messages destinés à instruire le lecteur et à protéger les passagers. La plupart d’ailleurs sont en créole, mais beaucoup se comprennent si l’on ne parle que le français : « non à la wiolance ! » « Pityé mon Dieu pityé ! »

Quant au mot tap-tap lui-même, c’est évidemment en créole qu’il est né. On dit parfois que dans cette langue, il évoque autre chose que l’inconfort : la vitesse, liée au bruit du moteur. Mais il suffit de monter une fois dans un tap-tap pour comprendre que les sursauts l’emportent sur la vitesse.

Dis-moi dix mots - Tap-tap, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur tap-tap à découvrir sur le site de Canopé.

Vigousse (Suisse)

Script

Vigousse ! Le mot est bref et musclé, il sent bon sa familiarité. Et son emploi, pour l’instant, est quand même assez resserré !

Compris et utilisé en Suisse romande, il déborde rarement ce périmètre, mais il suffirait d’un peu d’esprit intrépide pour qu’il s’aventure un peu partout en Francophonie.

Vigousse, c'est-à-dire vif, alerte, résistant. La sonorité du mot ne trompe pas : il appartient au vocabulaire familier, ce qui d’ailleurs en renforce le sens. La racine en est bien transparente : il est construit à partir de l’adjectif vigoureux, il s’apparente à la vigueur.

Alors pourquoi vigousse ? On en change la fin, par goût, par amusement, et avec une syllabe d’aspect populaire que l’on retrouve dans d’autres occasions : « maousse » par exemple.

Il n’est pas sûr qu’il soit réellement né en Suisse : on a pu le trouver ailleurs ; il en reste même une apparition chez Flaubert par exemple, dans la relation faite d’un voyage en Bretagne avec son ami Maxime Du Camp. La porte sculptée d’une église montre une Madeleine « d’une vigousse et d’une bestialité inouïes ».

Le mot est rude comme ce qu’il décrit avec truculence, et donne cette impression rustique, mal dégrossie d’une matrone solide, imposante, découverte par un citadin un peu condescendant…

Aujourd’hui le terme est encore d’un usage courant en Suisse francophone, le plus souvent oral, comme tous ceux de la langue familière. Encore que l’écrit puisse y recourir, justement pour donner un effet abrupt : Vigousse est le nom d’un journal satirique, qui prétend dénoncer les abus de la vie politique, sans mettre sa langue dans sa poche ni se laisser intimider. Il paraît depuis 2009.

Dis-moi dix mots - Vigousse, par Réseau Canopé - 2015

 

Plus de ressources sur vigousse à découvrir sur le site de Canopé.
 

Écoutez également les ressources liées aux mots des éditions précédentes.
 

 

 

 

 

 

Dailymotion

Facebook

Twitter

Partenaires