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Ecoliers, collégiens, adultes et les dix mots

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Proposé par MEDIATHEQUE MON... le 13/04/2016

la drache
emilien.jpg, © Emilien © CE1

 

 

La ville de Montpezat a organisé des ateliers d'écriture autour des dix mots proposés cette année. Voici les textes créés à l'occasion :

 

 

 

TEXTES DES ADULTES

LE TAP-TAP DU PETIT MATIN

Nous sommes en hiver. Un homme entre deux âges attend le tap-tap au petit matin. C’est un petit bonhomme haut comme trois pommes, assis sous l’abribus. Il neige et le froid  engourdit ses membres. Il prendrait bien un ristrette, histoire de se réchauffer les doigts, mais tout dort encore. Pas une lumerotte, pas un signe de vie sous cette poudrerie.

Le minibus bariolé arrive, presque vide, quatre pelés et un tondu somnolent. Juste le temps de sortir un ticket, et il redémarre. Cinq euros, ça a encore augmenté ? pense la vieille dame qui regarde la route dans la lumière des phares. Et ce chauffeur, il roule comme un fada ! Avec ces conditions de circulation, c’est vraiment mal choisi. Son voisin, un air chafouin, tire une gueule de six pieds de long. Ca ne  lui donne pas envie d’engager la conversation. Elle aimerait bien parler quand même, ça la rassurerait. Mais elle a pour habitude de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de prendre la parole. Le tap-tap marque un nouvel arrêt, sur le trottoir, juste devant la vitrine surchargée d’un dépanneur. Une frêle femme descend, relevant le col de son manteau. Pas vigousse celle-là ! Une grosse voiture sombre est stationnée sous un réverbère. Au volant, un champagné fumant un gros cigare semble attendre quelqu’un. La femme s’enfonce sous une porte cochère. Le tap-tap redémarre. Bientôt ce sera à son tour de descendre du bus. La dernière fois qu’elle a pris le tap-tap, il drachait comme à Gravelotte. Aujourd’hui, il neige. Les jours passent, ne se ressemblent pas. Et pourtant la routine... Tout à l’heure, elle rentrera chez elle. Son petit fils, qui fait les trois huit, sera encore au lit. Solide comme le Pont Neuf, la vieille dame lui préparera ses vêtements, son petit déjeuner, et quand il se lèvera, sur le coup des dix heures, elle sera là, petit soldat prêt à dispenser son amour.

Francine Delenne

 

 

 

LE VILLAGE METAMORPHOSE

Un jour, au petit matin, tout un village, situé bien loin du nôtre... ou juste à coté, a éclaté de rire, le sourire a illuminé les visages.

Savez-vous pourquoi ?

Et bien, voici comment l'histoire a commencé.

C'était un village triste à mourir. Il y avait trois saisons dans cette contrée : une saison pendant laquelle il drache sans arrêt, une saison où la poudrerie empêche de circuler, une saison de beau temps.

Les gens d'ici sont tristes, ils sont comme le climat. Ils ne chantent pas, ils ne dansent, ils ne rient pas, ils ne sourient pas, même leurs maisons sont tristes et ternes.

Mais un jour, le champagné du coin pas chafouin pour deux sous, décide de prendre les choses en main. Il fallait que cela s'arrête, il fallait faire quelque chose pour que le village soit plus gai.

Pour commencer, il s'offre une ristrette et réfléchit. Une lumerotte s'allume dans sa tête. Il va aller voir son ami qui tient le dépanneur du coin. Il prend son tap tap et part.

Son ami est un homme vigousse et plein de ressources et d'idées, jovial comme on peut l'être dans un pays triste à mourir.

«J'en ai marre, le village et les villageois sont tristes. Le temps n'arrange rien. Qu'est-ce qu'on peut faire pour que cela change ? » dit-il.

«Je sais pas moi , il faut mettre de l'ambiance, de la couleur, du soleil dans ce village. Ensuite les gens seront moins tristes » répond le dépanneur.

« Oh ! mais pour le soleil c'est pas gagné » réplique le champagné.

« Et si on peignait toutes les maisons en couleurs vives et gaies » suggère le dépanneur

« On va passer pour des fadas » 

«  On peut le faire en cachette »

Et c'est ainsi que la nuit venue, nos deux hommes munis de pots de peinture et de rouleaux ont hanté les rues de ce petit village. Ils ont travaillé toute la nuit.

Au petit matin les villageois ont pu voir à leur grand étonnement une maison jaune, une maison rouge, une maison verte, une maison bleue etc....

Les visages des villageois ont esquissé un sourire, voire un sourire franc puis un rire.

Mais qui a peint les maisons ?

Cela, jamais personne ne l'a su, le secret est resté bien gardé, les deux peintres, nos deux compères, ne voulaient pas passer pour des fadas voire des cinglés.

Et comme l'a dit un chanteur poète « Ils ont dans leur cœur le soleil qui n'est pas dehors », dans ce village « ils ont le soleil sur leur maison puisqu'il n'est pas dehors »

 

Jacqueline Testud

 

 

LE "REGION DE LA ROCHETTE"

Ce matin-là, il drache fort sur la montagne, le ciel est noir, le vent est furieux mais le "Région de la Fochette" surnommé "le fada" (au village) n'en a cure. Il se réjouit même de ce temps. C'est jeudi aujourd'hui, le jour de sa grande sortie. Région vit tout seul dans sa petite maison, loin de tout et de tous. Il possède une source qui coule devant sa porte, il a l'électricité et son bois à portée de main. Il a tapissé sa cuisine de bûches, ainsi il a l'isolation, la décoration et la bonne odeur.

Le "Région", il a toujours le sourire et un petit air chafouin, il est maigre et sec comme un bout de bois.

Il a cet aspect vigousse d'un homme qui se bat avec la nature, la rudesse du climat, il n'a peur de rien et sourit avec les yeux. Il s'apprête avec ses vieux habits bien propres à descendre au village, prendre le tap-tap pour partir à la ville. Il allume sa lumerotte près de la fenêtre pour retrouver sa maison au retour, à la nuit tombée. C'est un grand voyage pour lui et aussi un grand plaisir. Il est connu dans cette petite cité et les gens le respectent. Il ne boit jamais d'alcool mais va déguster sa ristrette au petit bar de l'angle.

Puis, il se promène dans la ville, s'étonne du mouvement continu des voitures et des passants. Il va chez le dépanneur acheter quelques biscuits qu'il affectionne, s'assoit sur un banc ou quelques amis, seuls comme lui, viennt le rejoindre. Il sort de sa solitude, il parle, il est reconnu, il sent de l'affection. Une fois même un champagné lui a serré la main. Il est déjà l'heure de partir retrouver sa chère montagne. Il arrive au village et doit marcher très longtemps dans une tempête de neige effrayante : la poudrerie qui confond le ciel et la terre, qui fait perdre ses repères, qui nous glace jusqu'à la moëlle des os. Mais lui, il se sent fort, il avance, il grimpe, il connait ce pays depuis qu'il sait marcher.

Il aperçoit une petite lueur, il a chaud au coeur, c'est sa maison, sa vie, il est heureux !

 

Annie Bonnefoy

 

 

SALE TEMPS

Il drachait fort ce soir-là et les grands arbres ployaient sous les rafales d'un vent furieux. Quelques degrés de moins, on aurait eu droit à la poudrerie, comme disent nos cousins québécois. Un homme marchait à grands pas, encore vigousse malgré son âge. Les réverbères du boulevard ressemblaient à des lumerottes dans la brume qui recouvrait la ville. L'homme poussa la porte d'un dépanneur encore ouvert à cette heure tardive. Voyant que le commerce faisait aussi café, il commandé une ristrette pour se réchauffer. D'après ses vêtements usés, notre individu venait d'un quartier pauvre et n'avait rien d'un champagné. Il avait en permanence une main dans la poche de son imperméable trempé. Son visage chafouin n'inspirait pas la confiance, il aurait fallu être fada pour lui confier ses économies. "On n'est pas encore couché" se dit l'inspecteur, caché derrière un pilier, qui craignait de rater son tap-tap pour rentrer chez lui.

 

Jean-Marie Bonnefoy

 

 

DIS-MOI DIX MOTS

Il est cinq heures. L'astre du jour n'est pas encore levé malgré le chant d'un coq qui anticipe un peu ou qui le rappelle à son devoir : "éclairer la terre des hommes".

Albert, lui, semble l'avoir entendu. Une petite lumière bien pâlotte perce à travers les carreaux crasseux de la cuisine. D'ailleurs, même propres, elle n'aurait pas été guère plus éblouissante. Nous sommes juste après la guerre et dans ces petits villages de campagne le courant n'est que du 110. Le 220 fera son apparition un peu plus tard au fur et à mesure des travaux de l'EDF, lentement mais sûrement sans précipitation. Les mots "vite" et "plus vite" n'ont pas encore droit de cité dans ce monde qui se révèle lui aussi lentement.

L'Albert, ce paysan du "Plateau" a l'habitude de se lever tôt, avant même potron-minet. Pourquoi faire ? Personne ne le pousse, même pas la Fernande qui repose depuis quelques années à l'ombre des cyprès du petit cimetière juste derrière l'église. D'ailleurs depuis ce temps-là, l'Albert, il n'est plus le même. Certains disent qu'il est devenu un peu fada. Oh non, il n'a jamais construit l'Albert, à part quelques murets ou remonté quelques murailles éboulées par les orages fréquents dans la région.

Il est là, attablé dans sa cuisine éclairée par une lumerotte. Il sirote lentement son café noir dans son grand bol en faïence. Son café ? Plutôt son "jus de chaussette" comme on le fait dans les campagnes ardéchoises. Une ristrette ? Il ne connaît pas mais au moins son café à lui, il n'énerve pas. Le voilà prêt, paré pour la journée. Il remonte son pantalon en velours noir, ajuste ses bretelles et jette un oeil à travers le carreau.

Le coq pourra continuer à chanter, ce n'est pas aujourd'hui qu'on le verra le soleil à travers la crasse du carreau qu'une poudrerie rend encore plus opaque. Enfin, il vaut mieux ça que de voir dracher.

Il le sortira quand même de la grange son tap-tap et il ne manquera pas d'ouvrage avec un temps pareil. Il est sec, noueux comme ces arbres qui ornent les prés vallonneux de la région mais il est vigousse le bougre et les gens du village sont bien contents d'avoir à leur disposition ce dépanneur qui ne rechigne pas à l'ouvrage. Il n'est pas champagné pour deux sous et d'ailleurs peu lui chaut. Il est là pour aider les uns et les autres, il aime bien tout le monde et tout le monde l'aime bien. Le reste, il le laisse aux gens de la ville de la "haute" comme il dit. Le service rendu tout en regardant le bout de ses chaussures, il vous demande d'un air chafouin : "ça va pour toi, ce sera trois francs ; sans facture bien entendu, le fisc n'a pas à connaître nos petites affaires. Peut-être d'ailleurs fait-il semblant de ne pas les connaître". L'Albert, c'est un cas !

 

DIS-MOI ENCORE DIX MOTS

Tout a commencé avec la lueur de cette lumerotte semblant sortir par l'un des trous de ce potiron magique bien connu des enfants.

En fait, elle émanait du carreau crasseux de cette fenêtre sur lequel avait été tracé un cercle plus qu'incertain par lequel on pouvait voir ce qui se passait à l'extérieur de la maison sans pratiquement être vu. Un judas en somme.

Quelqu'un s'approchant d'un peu plus près aurait pu deviner l'homme attablé trempant un morceau de pain plus noir que le café qui remplissait son bol en faïence d'époque. En fait de café, plus du jus de chaussette qu'une ristrette que l'on boit à la va-vite sur le zinc du café de la gare.

L'homme avait bien le temps. Dehors une poudrerie lui annonçait que ce n'était pas aujourd'hui qu'il ferait fortune mais c'était quand même mieux que de voir dracher comme la veille. Son petit négoce ? Il était dépanneur à domicile et il avait aménagé son tap-tap le transformant en magasin ambulant où l'on trouvait de tout, de la paire de lacets ou de l'épingle à nourrice en passant par la boîte de cirage qui traînait au milieu des conserves de toutes sortes. Un véritable bric à brac qu'il promenait de ferme en ferme acceptant parfois un passager à côté de lui pourvu qu'il lui fasse la conversation. Ce n'était pas gratuit bien sûr mais qu'est-ce qui l'est en ce bas monde et puis il fallait bien qu'il vive. Serviable mais pas fada quand même ! Comment était-il ? Quelle était son allure ? Ni grand, ni petit, plutôt maigre et sec dans son costume de velours noir un peu délavé par le temps. Une démarche lente, un peu hésitante, mais ne vous y trompez pas, encore vigousse pour son âge. Son regard ? Là aussi ne vous y trompez pas. Les yeux levés vers le ciel ou tête baissée en regardant par terre, il vous jaugeait, vous évaluait d'un air chafouin. Lui, un champagné ? Certainement pas. Un vrai ardéchois du "Plateau" auquel il ne fallait pas la faire.

Henri Gébelin

 

 

 

NOSTALGIE

 

Dans l'ambiance morose d'un hiver bien trop vigousse comme en témoigne la poudrerie qui bouscule encore le paysage, parmi les gueules chafouines des quelques fadas jetés du lit aux aurores, je rêve d'horizons outre-mer et de tap-tap colorés cahin-cahannant sur les chemins cabossés des tropiques.

Des lumerottes vacillent dans l'ombre des tavernes où des champagnés endimanchés parlementent avec les habitués devant des ristrettes tiédissants. A la mi-journée, la neige deviendra drache impitoyable et dès le crépuscule, le peuple travailleur se répandra dans les commerces dépanneurs, en cohortes pressées et jusque tard dans la nuit.

Pimprenelle

 

 

TEXTES DES ENFANTS DE L'ECOLE PRIMAIRE DE MONTPEZAT

 

 

 

Texte des enfants de Montepezat, par Christine Roure

 

 

 

La ville de Montpezat a également accueilli l'exposition "Dis-moi dix mots" couplée d'une exposition des différents projets créés pour l'occasion autour des dix mots. Cette exposition a été visble dans sept bibliothèques du territoire de la communauté de communes, opération pilotée par bibliothèque de  Montpezat.

De plus la ville a accueilli deux conférences : la première sur l'histoire de l'écriture romane le 1e avril et le 15 avril une deuxième sur l'histoire de la gravure.

 

 

La Semaine de la langue française et de la Francophonie a été à Montpezat un succès, comme chaque année. Nous avons été étonnés de la créativité des enfants qui adhèrent bien aux mots même si ceux-ci peuvent sembler "bizarres" au premier abord.

Type :  Atelier
Organisateur :  Acteur culturel
Public :  Jeune public Scolaire Tout public
Thématique :  Littérature/Écrits/BD/Poésie

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