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des textes d'adultes

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Proposé par MEDIATHEQUE MON... le 26/03/2018

programme dis-moi dix mots à Montpezat
a3.jpg, © médiathèque de Montpezat

Voici les poèmes, récits, mini-pièces de théâtre... inspirés par les dix mots :

DIS MOI DIX MOTS

 

 

Par un soir d'hiver, la nuit tombe sur Montpezat. Les rues sont vides, les volets des maisons sont clos, tout est sombre sauf les lumières de l'EHPAD qui éclairent la prairie.

Un homme marche dans le village. Il cherche, il cherche une maison éclairée, un café, un endroit prêt à l'accueillir.

Sur la place de la république, sous la mairie, il y a de la lumière. Une maison en pierre, avec un passage en arcade, de grandes baies vitrées remplies de livres. Dedans il y a du monde, des ordinateurs, çà discute mais pas trop fort, il y a de l'ambiance.

C'est une bibliothèque, non c'est une médiathèque.

-  Ohé , dit l'homme en rentrant

Cet homme est vêtu à l'africaine, pas commun dans notre contrée, il a un magnifique sourire et des yeux pétillants d'intelligence.

- Je suis un griot et je voudrais pouvoir un peu placoter avec les gens du pays parce que je cherche des histoires locales à collecter pour faire un spectacle quand je rentrerai dans mon village »

Et le voilà parti à décrire son village, son pays, le climat, la géographie, sa famille. Sa voix volubile, teintée d'un accent particulier , bien rodé attire la sympathie.

Tous les lecteurs présents sont sidérés par le bagou de cet homme venu d'ailleurs et la jactance monte, on finit par ne plus s'entendre dans la médiathèque.

Christine sussure à l'oreille de Karine

- Pourquoi ne pas organiser une animation avec des conteurs, des conteurs d'histoires truculentes ? 

- On le ferait dans le cadre de l’opération « dis-moi dix mots »

Aussitôt dit, aussitôt organisé.

 

 

Jacqueline Testud

 

 

 

Lettre à une passante

 

Chère madame,

Nous nous sommes rencontrées ce matin sur une route de campagne. Vous ne m'avez pas vue : vous étiez au téléphone. Je vous rencontre souvent alors que je vais promener mes chiens dans les rares endroits encore accessibles quand ce n'est pas un jour de chasse.

Vous ne m'avez jamais vue : les trois petits enfants que vous promeniez non plus. Deux en poussette et le troisième qui marchait près de vous.

Je me suis souvenue des promenades que je faisais dans les bois avec mon petit-fils : il ramassait, dans son sac à dos, « ses trésors ». Quelques fleurs, une châtaigne, une branche écorcée, des cailloux colorés... Et tout cela étalé ensuite sur une table pour les admirer. Nous avons vu ensemble les genêts et la bruyère, les arbres centenaires. Il n'y avait pas de téléphone portable et nous parlions en baissant la voix, nous écoutions le cri volubile du geai qui avertissait de notre passage, nous écoutions même le silence des bois.

Mon petit-fils a grandi : à l'université, il a choisi la biochimie. Le contact avec la nature a dû laisser quelques traces !

Les trois enfants que vous promenez, à qui vous ne parlez pas, ne verront pas le jupon brun mordoré du chêne en ce début d'hiver, ni la couleur des feuilles d'érable tapissant le sentier. Ils n'entendront pas le cri du geai, ils ne sauront pas le nom des rares oiseaux. Ils n'admireront pas le trot du poulain dans le pré, ni l'allure touchante du cochon noir se roulant dans la boue. Ils ne verront rien car vous ne verrez rien non plus, votre téléphone prenant toute votre énergie et votre temps.

Mes chiens courent sur les sentiers, je les gronde car ils ont débusqué un jeune renard et sont partis derrière. Penauds, ils reviennent et partent après un écureuil qui sautille dans une clairière avant de s'enrouler malicieusement autour d'un tronc de conifère. Je respire : rien n'est endommagé !

Ce soir ou demain, on nous dira que les enfants deviennent autistes et n'ont plus de mots pour s'exprimer car les écrans les retardent, plus de bagou pour rire avec les autres.

Que faites-vous madame, lorsque vous rentrez chez vous avec ces enfants, les mettez-vous devant un écran  pour avoir la paix  en attendant la sieste ? Leur susurrez-vous des histoires pour les endormir ?

Êtes-vous de ceux, qui, au restaurant, sont figés sur leur portable ainsi que les autres convives de votre table ? Et indifférents à l'accent canadien de la table voisine dont les convives placotent joyeusement ?

Un vrai bonheur, n'est- ce- pas, d'aller manger ensemble ?

J'ai entendu le roucoulement d'un ramier et j'ai souri aux acrobaties des mésanges sur un rosier sauvage. J'ai rencontré deux couples avec leurs chiens, ils m'ont saluée et nous avons parlé des chiens, du temps, de la chasse, de la forêt, des espaces encore libres.

En revenant, madame, je vous ai rencontrée encore, avec les trois petits : vous étiez au téléphone dans une truculente conversation. Je me suis demandée quel était ce mystérieux correspondant qui vous coupait du monde, qui vous occupait tant que les enfants n'avaient rien vu, rien entendu et rien dit.

La tradition asiatique nous montrant trois petits singes qui se cachent la bouche, les yeux et les oreilles, est destinée à éloigner le mal. Ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal (pas de jactance inutile), ne pas voir le mal... Elle ne ressemble en rien à cette attitude qui consiste à ne plus montrer à nos petits ce qui est beau, à ne pas leur donner des mots pour s'exprimer, à ignorer la nature.

Allons, madame, il est encore temps. Mettez votre téléphone dans votre sac, vous verrez vos messages importants au retour. Regardez, admirez, parlez à vos enfants, goûtez avec eux le bonheur de respirer à la campagne, d'entendre roucouler le ramier, de guetter les nouvelles pousses dans les fossés, de cueillir les chatons du noisetier.

Un jour ils vous diront merci.

Je vous salue, madame.

 

Madeleine Covas

 

 

Ohé le griot volubile à la jactance truculente au lieu de placoter et de susurrer, qu'on entende ta voix, ton accent et ton bagou !

 

Lucie et Jean-Pierre Loupp

 

 

DIS-MOI DIX MOTS

 

Paroles, paroles... saynète en trois actes, sur le plateau ardéchois avec l'inénarrable Albert

 

 

ACTE I

 

(C'est le matin, le soleil est déjà haut dans le ciel, l'Albert rentre chez lui en courant derrière ses chèvres)

 

- OHE Albert, elle est prête cette valise ?

- Quelle valise ?

- Tu ne vas pas me dire que tu as oublié que nous partons dans huit jours ?

- Si, non, vas-y seul, moi je reste sur mon plateau.

- Arrête tes caprices tu veux, sinon, ils vont m'entendre jusqu'au fond de la vallée.

- Eh bien, tu n'as qu'à t'énerver, dans la vallée ils en ont l'habitude, même que ça les fait rigoler. "Entends-le, l'Autre, il va encore nous faire un coup de sans".

- Albert, j'ai déjà pris les billets sur Internet il y a deuxmois.

- Tu n'as qu'à revendre le mien à quelqu'un. Il n'en manque pas qui veulent aller voir ailleurs s'il fait meilleur qu'ici.

 

(Je crois que c'est pas gagné. Quelle bourrique ! On verra ça demain)

 

 

ACTE II

 

(Il est midi, l'Albert "dîne" devant sa porte, saucisson, fromage et un litron de rouge, du Clinton je crois)

 

- Bonjour Albert, ça va aujourd'hui ?

- ça va, et toi ?

- ça va, tu as un peu réfléchi depuis hier ?

- D'abord, c'est le miroir qui réfléchit, ensuite je n'ai fait que ça, à tel point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit.

- Ah bon, elle a un oeil la nuit (et toc !) et alors ?

- Et alors c'est toujours non. Tu m'embêtes avec ton voyage. Tu ne te rends pas compte de tous les problèmes que ça pose.

- Ah oui, et lesquels ?

- Tout d'abord mes chèvres. Qui va leur SUSURRER des mots gentils pour leur demander de me donner leur lait en trayant avec douceur ? Et qui va les traire à ma place ? Oui, qui ?

- La Fernande. Elle ne demande qu'à te rendre service. Et puis un service en vaut bien un autre. Tu vois ce que je veux dire ou je te fais un dessin ? Quand elle a eu son petit dernier et qu'il fallait lui tirer...

- Bon, bon, n'en rajoute pas. Et puis où allons-nous ?

 

(C'est gagné ! L'Albert, il faut le prendre par les sentiments, ça marche à tous les coups !

 

 

 

ACTE III

 

(Tout va bien, l'Albert s'est calmé. L'évocation de la Fernande a produit l'effet escompté.)

 

- Oui, où allons-nous ?

- Nous allons, nous allons... au Sénégal. (ouf, c'est dit !)

- Au séné... quoi ?

- Au Sé-né-gal, Dakar, la Casamance, ça ne te dit rien ?

- Bof, pas plus que ça, un pays où ils parlent, non un pays où ils ont une VOIX et un ACCENT un peu bizarre que j'ai du mal suivre quand je regarde des documentaires à la télé.

- Pas plus que toi quand il s'agit de PLACOTER avec la Fernande sur les uns ou les autres, et patati et patata !

- Non, mais attends, ce n'est pas dans ce pays où ils jouent avec un dé et trois gobelets. J'en ai vu un, un jour de marché aux bestiaux sur le plateau, quel BAGOU ! Et tous ces couillons de "padgels" qui y laissaient des plumes.

- Toi aussi je crois Albert. Tu ne t'en es pas vanté, mais au village ça cause.

- Oui avec sa JACTANCE il m'a eu aussi l'animal.

- Non Albert, ça n'a rien à vior. Nous allons dans des petits villages à la rencontre des GRIOTS et des GRIOTTES.

- Ah bon, là-bas aussi ils ont des cerises ?

- Non Albert, ce sont des gens qui te racontent des histoires de leur pays, de leurs villages et qui chantent.

- Oui, comme celui qui m'a plumé sur la plateau

- Non Albert, eux ils n'ont ni dés, ni gobelets, mais c'est vrai, ils parlent beaucoup, on dirait chez nous qu'ils sont très VOLUBILES.

- Comme celui sur le plateau mais ce coup-ci ils ne m'auront pas. Au fait, on s'habille comment ?

- Reste comme tu ese Albert. Avec ta tenue... comment dire... un peu TRUCULENTE. Je parie qu'ils vont te prendre pour un des leurs. Tu sais chez eux aussi dans leurs champs il y a des oiseaux qui pillent leurs récoltes, alors qu'ils font come toi sur le plateau, ils mettent des...

 

(Pourvu qu'ils ne me le gardent pas ! C'est la Fernande qui en ferait une tête et puis moi l'an prochain qu'est-ce que je ferais sans lui. Je l'aime bien mon Albert)

 

 

"Les passagers pour le Sénégal sont priés de se présenter à l'embarquement Terminal 4 du vol AF441".

 

Quelle histoire !

 

 

Henri Gébelin. Edition 2017/2018

 

 

 

Dis-moi dix mots

 

 

Une femme est assise, seule, au centre d'une pièce... Elle attend... Elle n'en peut plus d'attendre et se lève, va à la porte :

Ohé ! Ohé ! Il y a quelqu'un ?

 

Silence.

Elle retourne s'asseoir, s'agite, se lève à nouveau et commence à arpenter la pièce.

Mais pourquoi m'ont-ils choisie ? Je ne suis pourtant pas comme ces griots qui délivrent des histoires truculentes...

 

Elle s'arrête, réfléchit :

Lorsqu'on se réunit en quelque endroit pour placoter tranquillement, c'est à peine si je susurre quelques cancans...

 

Quelques pas, elle poursuit sa réflexion :

Oui, c'est vrai, je fais parfois preuve d'un certain bagou... (souriant) Il m'arrive même d'être volubile, éloquente ! … (sérieuse) Mais attention ! Sans jamais tomber dans la jactance, je sais me tenir !

 

Elle retourne s'asseoir, songeuse :

Une petite voix me dit que c'est peut-être mon léger accent qui les a interpellés...

 

Elle marque pause, se lève à nouveau et retourne à la porte :

Ohé ! Ohé ! Et quoi, vous voulez que je la raconte votre histoire ?!

 

 

FIN

 

Nathalie Kahlmann

 

 

SUSURRER

 

Pour le prononcer on met les lèvres, à peine ouvertes, en avant ; et l'on voit déjà l'oreill, à peine ouverte, qui se tend pour ouïr la susurration.
Dans "susurrer" il y a "sucre", comme si le mot poussait à sucer quelque chose, ou juste sucer les mots.

On susurre les mots d'amour destinés à une seule personne, les autres ne sont pas concernés.
Susurrer, c'est partager une intimité.
Susurrer, pour ne pas déranger.
La nature susurre. Le vent susurrait dans les feuilles d'un saule. Un ruisseau susurrait son "glouglou" au voyageur.
Dans susurrer, il y a auss l'idée d'un sifflement léger, ou d'un gazouillis, ou un bruissement.
Il y a des gens qui aiment gueuler, crier, vociférer et d'autres qui préfèrent les murmures, l'écoute et le parler tranquille.

Il en faut des grandes gueules pour faire vivre un pays. Mais savoir murmurer, susurrer à l'oreille de ces grandes gueules, c'est oser en douceur les choses du féminin.

Michel Gernez, 27 janvier 2018

 

 

L'ACCENT

 

L'accent, étymologiquement, viendrait d'accentus, cantus : chant. L'accent donne l'intensité à une syllabe.

J'aime les accents qui se mettent sur les voyelles pour les faire chanter, ça égaye les mots d'avoir quelque chose sur leur tête, des petites touches musicales. L'accent aigu (au féminin aiguë) de bonté, en vérité est plus léger que l'accent grave de prophète règle.

L'accent circonflexe, ce petit chapeau amusant, va bien à "tête", "château" ; il se porte pas mal sur pôle, dôme, trône et le petit chapeau du prêtre. Il est étonnant sur "vous fûtes", "reçutes", et un dû et aussi le tû, participe passé de taire.

Pour ma part, j'ajoute le tréma, très gai sur aïeul, ouïr, canoë, l'Haÿ les Roses.

J'aime les accents de terroir, ils sont imprégnés de sensations, de saveurs. Ceux du Midi, c'est le soleil, le pastis. Celui d'Alsace, c'est la bière, la choucroute, les cigognes. L'accent du sud-ouest, le foie gras, le cassoulet, les fêtes au "Louyemè", habit traditionnel des résineux landais.

Derrière les accents de terroir, il y a le savoir-faire de toutes ses femmes, de tous ses hommes qui l'habitent et sont habités par leur terre.

 

Michel Gernez, 17 février 2018

 

 

 

 

 

"Avec son accent marseillais, il aurait pu vendre du vent, tellement il avait de bagou. Sa voix portait bien dans la foule qui l'entourait. Les spectateurs placotaient un peu autour de lui, mais cela était loin de couvrir sa jactance. Très volubile, il haranguait ses futurs clients en faisant l'article d'un produit miraculeux qui enlevait toutes les taches, même les plus rebelles : "Ohé ! Ohé ! Braves gens..." disait-il. Il s'approcha d'une femme au premier rang et lui susurra quelque chose à l'oreille... Personne n'entendit. Tel un griot, il repartait sur les taches de gras, de sang, de rouille que son étonnant produit faisait disparaitre. Truculent, il arriva à convaincre bon nombre de ménagères. Les hommes étaient moins nombreux et plus septiques. En fin de soirée, tous ses savons avaient disparu."

 

Marie-Christine Besnard (Atelier écriture Voix Libre)

 

- Encore en train de placoter ? C'est ainsi que Charles nous a abordés. Il venait de franchir la porte du bar, et déjà sa voix légèrement nasillarde nous parvenait, avec son fort accent canadien. Quand le soleil ne se levait plus chez lui, il venait passer quelques mois en France.

- Comment tu vas l'ami ? Déjà debout ?

- Oui, c'est le décalage horaire. A propos, j'en ai une bien bonne à vous raconter. C'est l'histoire d'une femme qui magasinait et

- Dis, tu ne veux pas prendre un petit café d'abord ? Le temps qu'on se réveille un peu.

- Bon. Je vois que vous n'êtes pas très volubiles ce matin. Je ferais mieux d'aller susurrer aux oreilles des chevaux.

- Toujours le même bagou Charly. Tu ne changes pas.

- Ohé ! Te voilà revenu ? Marius entrait à son tour pour son petit noir du matin. Accolade amicale. Content de te savoir de retour le griot blanc. J'ai hâte d'entendre une de tes histoires truculentes.

- Pour ce qui est de mes histoires, il va falloir accorder vos violons les gars. Allez, café pour tout le monde. C'est ma tournée."

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

"Je l'ai rencontré l'autre jour sur la place du village, toujours avec le même bagou et son accent si particulier. Sa voix est tellement puissante, que l'on pourrait croire que tous les autres commerçants ne font que susurrer quelques mots à peine audibles pour vendre leurs marchandises.

C'était jour de marché, il était comme un griot sous son arbre. Le soleil était écrasant de chaleur, mais une foule de gens écoutait son langage truculent, comme hypnotisée par sa voix. Mon ami Québécois m'aurait dit "Il n'arrête pas de placoter celui-là !". Le papé du village commençait à s'énerver, à crier "ce n'est que de la jactance, rien de plus. Ses mots sont comme le vent, ils passent et rien ne reste".

Moi, je restais là, comme fascinée. Je me régalais de ces mots truculents qu'il utilisait avec volubilité.

J'étais derrière tout ce groupe de curieux. J'avais envie de crier "Ohé !", car il aurait été quand même intéressant de savoir ce qu'il vendait !"

 

Lucie Vanlaere (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Lors d'une réunion conviviale à la maison, je raconte à mes amis parisiens mes petites histoires marseillaises, avec mon accent méridional, qu'ils trouvent truculent. Aussi j'aurais tendance à devenir volubile.

Mais une voix se fait entendre !

Ohé ! Quelle est cette jactance ? Je voudrais un peu de tranquillité pour terminer mon compte- rendu de réunion.

Un de mes camarades, qui ne manque pas de bagou, me susurre à l'oreille : "Au lieu de travailler, ton mari devrait venir placoter avec nous, ça le détendrait."

 

Laurette Rousson (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

 

Ohé ! Ohé bonnes gens ! Vous êtes avec moi ? Hiro venait d'entrer en scène et haranguait les villageois venus l'écouter. Aussitôt les enfants cessaient de placoter et jacter. Le silence s'installait, avant le départ pour des aventures truculentes que Hiro racontait de sa voix envoûtante. Intermèdes de tam-tam, éclats de rire ou paroles susurrées avec un accent créole, sur tous les tons, le volubile griot jouait de son bagou pour transmettre la tradition orale dont il avait hérité.

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Ohé le marseillais, tu nous soûles, on le sait que tu as du bagou, tu es connu pour ta jactance, et avec ton accent, ça passe bien, mais arrête un peu, veux-tu !

Susurre-nous plutôt un air de Sinatra, "la voix" comme l'appellent les américains. Mais non, ne te fâche pas, on t'aime bien, toi le griot du midi et si parfois tu es trop volubile, tes histoires truculentes nous ravissent. Tu peux continuer à placoter à propos de tout et de rien, tu seras toujours le plusfort dans cet exercice.

Jean-Marie Bonnefoy, 23 février 2018

DIS MOI DIX MOTS

 

 

Par un soir d'hiver, la nuit tombe sur Montpezat. Les rues sont vides, les volets des maisons sont clos, tout est sombre sauf les lumières de l'EHPAD qui éclairent la prairie.

Un homme marche dans le village. Il cherche, il cherche une maison éclairée, un café, un endroit prêt à l'accueillir.

Sur la place de la république, sous la mairie, il y a de la lumière. Une maison en pierre, avec un passage en arcade, de grandes baies vitrées remplies de livres. Dedans il y a du monde, des ordinateurs, çà discute mais pas trop fort, il y a de l'ambiance.

C'est une bibliothèque, non c'est une médiathèque.

-  Ohé , dit l'homme en rentrant

Cet homme est vêtu à l'africaine, pas commun dans notre contrée, il a un magnifique sourire et des yeux pétillants d'intelligence.

- Je suis un griot et je voudrais pouvoir un peu placoter avec les gens du pays parce que je cherche des histoires locales à collecter pour faire un spectacle quand je rentrerai dans mon village »

Et le voilà parti à décrire son village, son pays, le climat, la géographie, sa famille. Sa voix volubile, teintée d'un accent particulier , bien rodé attire la sympathie.

Tous les lecteurs présents sont sidérés par le bagou de cet homme venu d'ailleurs et la jactance monte, on finit par ne plus s'entendre dans la médiathèque.

Christine sussure à l'oreille de Karine

- Pourquoi ne pas organiser une animation avec des conteurs, des conteurs d'histoires truculentes ? 

- On le ferait dans le cadre de l’opération « dis-moi dix mots »

Aussitôt dit, aussitôt organisé.

 

 

Jacqueline Testud

 

 

 

Lettre à une passante

 

Chère madame,

Nous nous sommes rencontrées ce matin sur une route de campagne. Vous ne m'avez pas vue : vous étiez au téléphone. Je vous rencontre souvent alors que je vais promener mes chiens dans les rares endroits encore accessibles quand ce n'est pas un jour de chasse.

Vous ne m'avez jamais vue : les trois petits enfants que vous promeniez non plus. Deux en poussette et le troisième qui marchait près de vous.

Je me suis souvenue des promenades que je faisais dans les bois avec mon petit-fils : il ramassait, dans son sac à dos, « ses trésors ». Quelques fleurs, une châtaigne, une branche écorcée, des cailloux colorés... Et tout cela étalé ensuite sur une table pour les admirer. Nous avons vu ensemble les genêts et la bruyère, les arbres centenaires. Il n'y avait pas de téléphone portable et nous parlions en baissant la voix, nous écoutions le cri volubile du geai qui avertissait de notre passage, nous écoutions même le silence des bois.

Mon petit-fils a grandi : à l'université, il a choisi la biochimie. Le contact avec la nature a dû laisser quelques traces !

Les trois enfants que vous promenez, à qui vous ne parlez pas, ne verront pas le jupon brun mordoré du chêne en ce début d'hiver, ni la couleur des feuilles d'érable tapissant le sentier. Ils n'entendront pas le cri du geai, ils ne sauront pas le nom des rares oiseaux. Ils n'admireront pas le trot du poulain dans le pré, ni l'allure touchante du cochon noir se roulant dans la boue. Ils ne verront rien car vous ne verrez rien non plus, votre téléphone prenant toute votre énergie et votre temps.

Mes chiens courent sur les sentiers, je les gronde car ils ont débusqué un jeune renard et sont partis derrière. Penauds, ils reviennent et partent après un écureuil qui sautille dans une clairière avant de s'enrouler malicieusement autour d'un tronc de conifère. Je respire : rien n'est endommagé !

Ce soir ou demain, on nous dira que les enfants deviennent autistes et n'ont plus de mots pour s'exprimer car les écrans les retardent, plus de bagou pour rire avec les autres.

Que faites-vous madame, lorsque vous rentrez chez vous avec ces enfants, les mettez-vous devant un écran  pour avoir la paix  en attendant la sieste ? Leur susurrez-vous des histoires pour les endormir ?

Êtes-vous de ceux, qui, au restaurant, sont figés sur leur portable ainsi que les autres convives de votre table ? Et indifférents à l'accent canadien de la table voisine dont les convives placotent joyeusement ?

Un vrai bonheur, n'est- ce- pas, d'aller manger ensemble ?

J'ai entendu le roucoulement d'un ramier et j'ai souri aux acrobaties des mésanges sur un rosier sauvage. J'ai rencontré deux couples avec leurs chiens, ils m'ont saluée et nous avons parlé des chiens, du temps, de la chasse, de la forêt, des espaces encore libres.

En revenant, madame, je vous ai rencontrée encore, avec les trois petits : vous étiez au téléphone dans une truculente conversation. Je me suis demandée quel était ce mystérieux correspondant qui vous coupait du monde, qui vous occupait tant que les enfants n'avaient rien vu, rien entendu et rien dit.

La tradition asiatique nous montrant trois petits singes qui se cachent la bouche, les yeux et les oreilles, est destinée à éloigner le mal. Ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal (pas de jactance inutile), ne pas voir le mal... Elle ne ressemble en rien à cette attitude qui consiste à ne plus montrer à nos petits ce qui est beau, à ne pas leur donner des mots pour s'exprimer, à ignorer la nature.

Allons, madame, il est encore temps. Mettez votre téléphone dans votre sac, vous verrez vos messages importants au retour. Regardez, admirez, parlez à vos enfants, goûtez avec eux le bonheur de respirer à la campagne, d'entendre roucouler le ramier, de guetter les nouvelles pousses dans les fossés, de cueillir les chatons du noisetier.

Un jour ils vous diront merci.

Je vous salue, madame.

 

Madeleine Covas

 

 

Ohé le griot volubile à la jactance truculente au lieu de placoter et de susurrer, qu'on entende ta voix, ton accent et ton bagou !

 

Lucie et Jean-Pierre Loupp

 

 

DIS-MOI DIX MOTS

 

Paroles, paroles... saynète en trois actes, sur le plateau ardéchois avec l'inénarrable Albert

 

 

ACTE I

 

(C'est le matin, le soleil est déjà haut dans le ciel, l'Albert rentre chez lui en courant derrière ses chèvres)

 

- OHE Albert, elle est prête cette valise ?

- Quelle valise ?

- Tu ne vas pas me dire que tu as oublié que nous partons dans huit jours ?

- Si, non, vas-y seul, moi je reste sur mon plateau.

- Arrête tes caprices tu veux, sinon, ils vont m'entendre jusqu'au fond de la vallée.

- Eh bien, tu n'as qu'à t'énerver, dans la vallée ils en ont l'habitude, même que ça les fait rigoler. "Entends-le, l'Autre, il va encore nous faire un coup de sans".

- Albert, j'ai déjà pris les billets sur Internet il y a deuxmois.

- Tu n'as qu'à revendre le mien à quelqu'un. Il n'en manque pas qui veulent aller voir ailleurs s'il fait meilleur qu'ici.

 

(Je crois que c'est pas gagné. Quelle bourrique ! On verra ça demain)

 

 

ACTE II

 

(Il est midi, l'Albert "dîne" devant sa porte, saucisson, fromage et un litron de rouge, du Clinton je crois)

 

- Bonjour Albert, ça va aujourd'hui ?

- ça va, et toi ?

- ça va, tu as un peu réfléchi depuis hier ?

- D'abord, c'est le miroir qui réfléchit, ensuite je n'ai fait que ça, à tel point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit.

- Ah bon, elle a un oeil la nuit (et toc !) et alors ?

- Et alors c'est toujours non. Tu m'embêtes avec ton voyage. Tu ne te rends pas compte de tous les problèmes que ça pose.

- Ah oui, et lesquels ?

- Tout d'abord mes chèvres. Qui va leur SUSURRER des mots gentils pour leur demander de me donner leur lait en trayant avec douceur ? Et qui va les traire à ma place ? Oui, qui ?

- La Fernande. Elle ne demande qu'à te rendre service. Et puis un service en vaut bien un autre. Tu vois ce que je veux dire ou je te fais un dessin ? Quand elle a eu son petit dernier et qu'il fallait lui tirer...

- Bon, bon, n'en rajoute pas. Et puis où allons-nous ?

 

(C'est gagné ! L'Albert, il faut le prendre par les sentiments, ça marche à tous les coups !

 

 

 

ACTE III

 

(Tout va bien, l'Albert s'est calmé. L'évocation de la Fernande a produit l'effet escompté.)

 

- Oui, où allons-nous ?

- Nous allons, nous allons... au Sénégal. (ouf, c'est dit !)

- Au séné... quoi ?

- Au Sé-né-gal, Dakar, la Casamance, ça ne te dit rien ?

- Bof, pas plus que ça, un pays où ils parlent, non un pays où ils ont une VOIX et un ACCENT un peu bizarre que j'ai du mal suivre quand je regarde des documentaires à la télé.

- Pas plus que toi quand il s'agit de PLACOTER avec la Fernande sur les uns ou les autres, et patati et patata !

- Non, mais attends, ce n'est pas dans ce pays où ils jouent avec un dé et trois gobelets. J'en ai vu un, un jour de marché aux bestiaux sur le plateau, quel BAGOU ! Et tous ces couillons de "padgels" qui y laissaient des plumes.

- Toi aussi je crois Albert. Tu ne t'en es pas vanté, mais au village ça cause.

- Oui avec sa JACTANCE il m'a eu aussi l'animal.

- Non Albert, ça n'a rien à vior. Nous allons dans des petits villages à la rencontre des GRIOTS et des GRIOTTES.

- Ah bon, là-bas aussi ils ont des cerises ?

- Non Albert, ce sont des gens qui te racontent des histoires de leur pays, de leurs villages et qui chantent.

- Oui, comme celui qui m'a plumé sur la plateau

- Non Albert, eux ils n'ont ni dés, ni gobelets, mais c'est vrai, ils parlent beaucoup, on dirait chez nous qu'ils sont très VOLUBILES.

- Comme celui sur le plateau mais ce coup-ci ils ne m'auront pas. Au fait, on s'habille comment ?

- Reste comme tu ese Albert. Avec ta tenue... comment dire... un peu TRUCULENTE. Je parie qu'ils vont te prendre pour un des leurs. Tu sais chez eux aussi dans leurs champs il y a des oiseaux qui pillent leurs récoltes, alors qu'ils font come toi sur le plateau, ils mettent des...

 

(Pourvu qu'ils ne me le gardent pas ! C'est la Fernande qui en ferait une tête et puis moi l'an prochain qu'est-ce que je ferais sans lui. Je l'aime bien mon Albert)

 

 

"Les passagers pour le Sénégal sont priés de se présenter à l'embarquement Terminal 4 du vol AF441".

 

Quelle histoire !

 

 

Henri Gébelin. Edition 2017/2018

 

 

 

Dis-moi dix mots

 

 

Une femme est assise, seule, au centre d'une pièce... Elle attend... Elle n'en peut plus d'attendre et se lève, va à la porte :

Ohé ! Ohé ! Il y a quelqu'un ?

 

Silence.

Elle retourne s'asseoir, s'agite, se lève à nouveau et commence à arpenter la pièce.

Mais pourquoi m'ont-ils choisie ? Je ne suis pourtant pas comme ces griots qui délivrent des histoires truculentes...

 

Elle s'arrête, réfléchit :

Lorsqu'on se réunit en quelque endroit pour placoter tranquillement, c'est à peine si je susurre quelques cancans...

 

Quelques pas, elle poursuit sa réflexion :

Oui, c'est vrai, je fais parfois preuve d'un certain bagou... (souriant) Il m'arrive même d'être volubile, éloquente ! … (sérieuse) Mais attention ! Sans jamais tomber dans la jactance, je sais me tenir !

 

Elle retourne s'asseoir, songeuse :

Une petite voix me dit que c'est peut-être mon léger accent qui les a interpellés...

 

Elle marque pause, se lève à nouveau et retourne à la porte :

Ohé ! Ohé ! Et quoi, vous voulez que je la raconte votre histoire ?!

 

 

FIN

 

Nathalie Kahlmann

 

 

SUSURRER

 

Pour le prononcer on met les lèvres, à peine ouvertes, en avant ; et l'on voit déjà l'oreill, à peine ouverte, qui se tend pour ouïr la susurration.
Dans "susurrer" il y a "sucre", comme si le mot poussait à sucer quelque chose, ou juste sucer les mots.

On susurre les mots d'amour destinés à une seule personne, les autres ne sont pas concernés.
Susurrer, c'est partager une intimité.
Susurrer, pour ne pas déranger.
La nature susurre. Le vent susurrait dans les feuilles d'un saule. Un ruisseau susurrait son "glouglou" au voyageur.
Dans susurrer, il y a auss l'idée d'un sifflement léger, ou d'un gazouillis, ou un bruissement.
Il y a des gens qui aiment gueuler, crier, vociférer et d'autres qui préfèrent les murmures, l'écoute et le parler tranquille.

Il en faut des grandes gueules pour faire vivre un pays. Mais savoir murmurer, susurrer à l'oreille de ces grandes gueules, c'est oser en douceur les choses du féminin.

Michel Gernez, 27 janvier 2018

 

 

L'ACCENT

 

L'accent, étymologiquement, viendrait d'accentus, cantus : chant. L'accent donne l'intensité à une syllabe.

J'aime les accents qui se mettent sur les voyelles pour les faire chanter, ça égaye les mots d'avoir quelque chose sur leur tête, des petites touches musicales. L'accent aigu (au féminin aiguë) de bonté, en vérité est plus léger que l'accent grave de prophète règle.

L'accent circonflexe, ce petit chapeau amusant, va bien à "tête", "château" ; il se porte pas mal sur pôle, dôme, trône et le petit chapeau du prêtre. Il est étonnant sur "vous fûtes", "reçutes", et un dû et aussi le tû, participe passé de taire.

Pour ma part, j'ajoute le tréma, très gai sur aïeul, ouïr, canoë, l'Haÿ les Roses.

J'aime les accents de terroir, ils sont imprégnés de sensations, de saveurs. Ceux du Midi, c'est le soleil, le pastis. Celui d'Alsace, c'est la bière, la choucroute, les cigognes. L'accent du sud-ouest, le foie gras, le cassoulet, les fêtes au "Louyemè", habit traditionnel des résineux landais.

Derrière les accents de terroir, il y a le savoir-faire de toutes ses femmes, de tous ses hommes qui l'habitent et sont habités par leur terre.

 

Michel Gernez, 17 février 2018

 

 

 

 

 

"Avec son accent marseillais, il aurait pu vendre du vent, tellement il avait de bagou. Sa voix portait bien dans la foule qui l'entourait. Les spectateurs placotaient un peu autour de lui, mais cela était loin de couvrir sa jactance. Très volubile, il haranguait ses futurs clients en faisant l'article d'un produit miraculeux qui enlevait toutes les taches, même les plus rebelles : "Ohé ! Ohé ! Braves gens..." disait-il. Il s'approcha d'une femme au premier rang et lui susurra quelque chose à l'oreille... Personne n'entendit. Tel un griot, il repartait sur les taches de gras, de sang, de rouille que son étonnant produit faisait disparaitre. Truculent, il arriva à convaincre bon nombre de ménagères. Les hommes étaient moins nombreux et plus septiques. En fin de soirée, tous ses savons avaient disparu."

 

Marie-Christine Besnard (Atelier écriture Voix Libre)

 

- Encore en train de placoter ? C'est ainsi que Charles nous a abordés. Il venait de franchir la porte du bar, et déjà sa voix légèrement nasillarde nous parvenait, avec son fort accent canadien. Quand le soleil ne se levait plus chez lui, il venait passer quelques mois en France.

- Comment tu vas l'ami ? Déjà debout ?

- Oui, c'est le décalage horaire. A propos, j'en ai une bien bonne à vous raconter. C'est l'histoire d'une femme qui magasinait et

- Dis, tu ne veux pas prendre un petit café d'abord ? Le temps qu'on se réveille un peu.

- Bon. Je vois que vous n'êtes pas très volubiles ce matin. Je ferais mieux d'aller susurrer aux oreilles des chevaux.

- Toujours le même bagou Charly. Tu ne changes pas.

- Ohé ! Te voilà revenu ? Marius entrait à son tour pour son petit noir du matin. Accolade amicale. Content de te savoir de retour le griot blanc. J'ai hâte d'entendre une de tes histoires truculentes.

- Pour ce qui est de mes histoires, il va falloir accorder vos violons les gars. Allez, café pour tout le monde. C'est ma tournée."

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

"Je l'ai rencontré l'autre jour sur la place du village, toujours avec le même bagou et son accent si particulier. Sa voix est tellement puissante, que l'on pourrait croire que tous les autres commerçants ne font que susurrer quelques mots à peine audibles pour vendre leurs marchandises.

C'était jour de marché, il était comme un griot sous son arbre. Le soleil était écrasant de chaleur, mais une foule de gens écoutait son langage truculent, comme hypnotisée par sa voix. Mon ami Québécois m'aurait dit "Il n'arrête pas de placoter celui-là !". Le papé du village commençait à s'énerver, à crier "ce n'est que de la jactance, rien de plus. Ses mots sont comme le vent, ils passent et rien ne reste".

Moi, je restais là, comme fascinée. Je me régalais de ces mots truculents qu'il utilisait avec volubilité.

J'étais derrière tout ce groupe de curieux. J'avais envie de crier "Ohé !", car il aurait été quand même intéressant de savoir ce qu'il vendait !"

 

Lucie Vanlaere (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Lors d'une réunion conviviale à la maison, je raconte à mes amis parisiens mes petites histoires marseillaises, avec mon accent méridional, qu'ils trouvent truculent. Aussi j'aurais tendance à devenir volubile.

Mais une voix se fait entendre !

Ohé ! Quelle est cette jactance ? Je voudrais un peu de tranquillité pour terminer mon compte- rendu de réunion.

Un de mes camarades, qui ne manque pas de bagou, me susurre à l'oreille : "Au lieu de travailler, ton mari devrait venir placoter avec nous, ça le détendrait."

 

Laurette Rousson (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

 

Ohé ! Ohé bonnes gens ! Vous êtes avec moi ? Hiro venait d'entrer en scène et haranguait les villageois venus l'écouter. Aussitôt les enfants cessaient de placoter et jacter. Le silence s'installait, avant le départ pour des aventures truculentes que Hiro racontait de sa voix envoûtante. Intermèdes de tam-tam, éclats de rire ou paroles susurrées avec un accent créole, sur tous les tons, le volubile griot jouait de son bagou pour transmettre la tradition orale dont il avait hérité.

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Ohé le marseillais, tu nous soûles, on le sait que tu as du bagou, tu es connu pour ta jactance, et avec ton accent, ça passe bien, mais arrête un peu, veux-tu !

Susurre-nous plutôt un air de Sinatra, "la voix" comme l'appellent les américains. Mais non, ne te fâche pas, on t'aime bien, toi le griot du midi et si parfois tu es trop volubile, tes histoires truculentes nous ravissent. Tu peux continuer à placoter à propos de tout et de rien, tu seras toujours le plusfort dans cet exercice.

Jean-Marie Bonnefoy, 23 février 2018

DIS MOI DIX MOTS

 

 

Par un soir d'hiver, la nuit tombe sur Montpezat. Les rues sont vides, les volets des maisons sont clos, tout est sombre sauf les lumières de l'EHPAD qui éclairent la prairie.

Un homme marche dans le village. Il cherche, il cherche une maison éclairée, un café, un endroit prêt à l'accueillir.

Sur la place de la république, sous la mairie, il y a de la lumière. Une maison en pierre, avec un passage en arcade, de grandes baies vitrées remplies de livres. Dedans il y a du monde, des ordinateurs, çà discute mais pas trop fort, il y a de l'ambiance.

C'est une bibliothèque, non c'est une médiathèque.

-  Ohé , dit l'homme en rentrant

Cet homme est vêtu à l'africaine, pas commun dans notre contrée, il a un magnifique sourire et des yeux pétillants d'intelligence.

- Je suis un griot et je voudrais pouvoir un peu placoter avec les gens du pays parce que je cherche des histoires locales à collecter pour faire un spectacle quand je rentrerai dans mon village »

Et le voilà parti à décrire son village, son pays, le climat, la géographie, sa famille. Sa voix volubile, teintée d'un accent particulier , bien rodé attire la sympathie.

Tous les lecteurs présents sont sidérés par le bagou de cet homme venu d'ailleurs et la jactance monte, on finit par ne plus s'entendre dans la médiathèque.

Christine sussure à l'oreille de Karine

- Pourquoi ne pas organiser une animation avec des conteurs, des conteurs d'histoires truculentes ? 

- On le ferait dans le cadre de l’opération « dis-moi dix mots »

Aussitôt dit, aussitôt organisé.

 

 

Jacqueline Testud

 

 

 

Lettre à une passante

 

Chère madame,

Nous nous sommes rencontrées ce matin sur une route de campagne. Vous ne m'avez pas vue : vous étiez au téléphone. Je vous rencontre souvent alors que je vais promener mes chiens dans les rares endroits encore accessibles quand ce n'est pas un jour de chasse.

Vous ne m'avez jamais vue : les trois petits enfants que vous promeniez non plus. Deux en poussette et le troisième qui marchait près de vous.

Je me suis souvenue des promenades que je faisais dans les bois avec mon petit-fils : il ramassait, dans son sac à dos, « ses trésors ». Quelques fleurs, une châtaigne, une branche écorcée, des cailloux colorés... Et tout cela étalé ensuite sur une table pour les admirer. Nous avons vu ensemble les genêts et la bruyère, les arbres centenaires. Il n'y avait pas de téléphone portable et nous parlions en baissant la voix, nous écoutions le cri volubile du geai qui avertissait de notre passage, nous écoutions même le silence des bois.

Mon petit-fils a grandi : à l'université, il a choisi la biochimie. Le contact avec la nature a dû laisser quelques traces !

Les trois enfants que vous promenez, à qui vous ne parlez pas, ne verront pas le jupon brun mordoré du chêne en ce début d'hiver, ni la couleur des feuilles d'érable tapissant le sentier. Ils n'entendront pas le cri du geai, ils ne sauront pas le nom des rares oiseaux. Ils n'admireront pas le trot du poulain dans le pré, ni l'allure touchante du cochon noir se roulant dans la boue. Ils ne verront rien car vous ne verrez rien non plus, votre téléphone prenant toute votre énergie et votre temps.

Mes chiens courent sur les sentiers, je les gronde car ils ont débusqué un jeune renard et sont partis derrière. Penauds, ils reviennent et partent après un écureuil qui sautille dans une clairière avant de s'enrouler malicieusement autour d'un tronc de conifère. Je respire : rien n'est endommagé !

Ce soir ou demain, on nous dira que les enfants deviennent autistes et n'ont plus de mots pour s'exprimer car les écrans les retardent, plus de bagou pour rire avec les autres.

Que faites-vous madame, lorsque vous rentrez chez vous avec ces enfants, les mettez-vous devant un écran  pour avoir la paix  en attendant la sieste ? Leur susurrez-vous des histoires pour les endormir ?

Êtes-vous de ceux, qui, au restaurant, sont figés sur leur portable ainsi que les autres convives de votre table ? Et indifférents à l'accent canadien de la table voisine dont les convives placotent joyeusement ?

Un vrai bonheur, n'est- ce- pas, d'aller manger ensemble ?

J'ai entendu le roucoulement d'un ramier et j'ai souri aux acrobaties des mésanges sur un rosier sauvage. J'ai rencontré deux couples avec leurs chiens, ils m'ont saluée et nous avons parlé des chiens, du temps, de la chasse, de la forêt, des espaces encore libres.

En revenant, madame, je vous ai rencontrée encore, avec les trois petits : vous étiez au téléphone dans une truculente conversation. Je me suis demandée quel était ce mystérieux correspondant qui vous coupait du monde, qui vous occupait tant que les enfants n'avaient rien vu, rien entendu et rien dit.

La tradition asiatique nous montrant trois petits singes qui se cachent la bouche, les yeux et les oreilles, est destinée à éloigner le mal. Ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal (pas de jactance inutile), ne pas voir le mal... Elle ne ressemble en rien à cette attitude qui consiste à ne plus montrer à nos petits ce qui est beau, à ne pas leur donner des mots pour s'exprimer, à ignorer la nature.

Allons, madame, il est encore temps. Mettez votre téléphone dans votre sac, vous verrez vos messages importants au retour. Regardez, admirez, parlez à vos enfants, goûtez avec eux le bonheur de respirer à la campagne, d'entendre roucouler le ramier, de guetter les nouvelles pousses dans les fossés, de cueillir les chatons du noisetier.

Un jour ils vous diront merci.

Je vous salue, madame.

 

Madeleine Covas

 

 

Ohé le griot volubile à la jactance truculente au lieu de placoter et de susurrer, qu'on entende ta voix, ton accent et ton bagou !

 

Lucie et Jean-Pierre Loupp

 

 

DIS-MOI DIX MOTS

 

Paroles, paroles... saynète en trois actes, sur le plateau ardéchois avec l'inénarrable Albert

 

 

ACTE I

 

(C'est le matin, le soleil est déjà haut dans le ciel, l'Albert rentre chez lui en courant derrière ses chèvres)

 

- OHE Albert, elle est prête cette valise ?

- Quelle valise ?

- Tu ne vas pas me dire que tu as oublié que nous partons dans huit jours ?

- Si, non, vas-y seul, moi je reste sur mon plateau.

- Arrête tes caprices tu veux, sinon, ils vont m'entendre jusqu'au fond de la vallée.

- Eh bien, tu n'as qu'à t'énerver, dans la vallée ils en ont l'habitude, même que ça les fait rigoler. "Entends-le, l'Autre, il va encore nous faire un coup de sans".

- Albert, j'ai déjà pris les billets sur Internet il y a deuxmois.

- Tu n'as qu'à revendre le mien à quelqu'un. Il n'en manque pas qui veulent aller voir ailleurs s'il fait meilleur qu'ici.

 

(Je crois que c'est pas gagné. Quelle bourrique ! On verra ça demain)

 

 

ACTE II

 

(Il est midi, l'Albert "dîne" devant sa porte, saucisson, fromage et un litron de rouge, du Clinton je crois)

 

- Bonjour Albert, ça va aujourd'hui ?

- ça va, et toi ?

- ça va, tu as un peu réfléchi depuis hier ?

- D'abord, c'est le miroir qui réfléchit, ensuite je n'ai fait que ça, à tel point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit.

- Ah bon, elle a un oeil la nuit (et toc !) et alors ?

- Et alors c'est toujours non. Tu m'embêtes avec ton voyage. Tu ne te rends pas compte de tous les problèmes que ça pose.

- Ah oui, et lesquels ?

- Tout d'abord mes chèvres. Qui va leur SUSURRER des mots gentils pour leur demander de me donner leur lait en trayant avec douceur ? Et qui va les traire à ma place ? Oui, qui ?

- La Fernande. Elle ne demande qu'à te rendre service. Et puis un service en vaut bien un autre. Tu vois ce que je veux dire ou je te fais un dessin ? Quand elle a eu son petit dernier et qu'il fallait lui tirer...

- Bon, bon, n'en rajoute pas. Et puis où allons-nous ?

 

(C'est gagné ! L'Albert, il faut le prendre par les sentiments, ça marche à tous les coups !

 

 

 

ACTE III

 

(Tout va bien, l'Albert s'est calmé. L'évocation de la Fernande a produit l'effet escompté.)

 

- Oui, où allons-nous ?

- Nous allons, nous allons... au Sénégal. (ouf, c'est dit !)

- Au séné... quoi ?

- Au Sé-né-gal, Dakar, la Casamance, ça ne te dit rien ?

- Bof, pas plus que ça, un pays où ils parlent, non un pays où ils ont une VOIX et un ACCENT un peu bizarre que j'ai du mal suivre quand je regarde des documentaires à la télé.

- Pas plus que toi quand il s'agit de PLACOTER avec la Fernande sur les uns ou les autres, et patati et patata !

- Non, mais attends, ce n'est pas dans ce pays où ils jouent avec un dé et trois gobelets. J'en ai vu un, un jour de marché aux bestiaux sur le plateau, quel BAGOU ! Et tous ces couillons de "padgels" qui y laissaient des plumes.

- Toi aussi je crois Albert. Tu ne t'en es pas vanté, mais au village ça cause.

- Oui avec sa JACTANCE il m'a eu aussi l'animal.

- Non Albert, ça n'a rien à vior. Nous allons dans des petits villages à la rencontre des GRIOTS et des GRIOTTES.

- Ah bon, là-bas aussi ils ont des cerises ?

- Non Albert, ce sont des gens qui te racontent des histoires de leur pays, de leurs villages et qui chantent.

- Oui, comme celui qui m'a plumé sur la plateau

- Non Albert, eux ils n'ont ni dés, ni gobelets, mais c'est vrai, ils parlent beaucoup, on dirait chez nous qu'ils sont très VOLUBILES.

- Comme celui sur le plateau mais ce coup-ci ils ne m'auront pas. Au fait, on s'habille comment ?

- Reste comme tu ese Albert. Avec ta tenue... comment dire... un peu TRUCULENTE. Je parie qu'ils vont te prendre pour un des leurs. Tu sais chez eux aussi dans leurs champs il y a des oiseaux qui pillent leurs récoltes, alors qu'ils font come toi sur le plateau, ils mettent des...

 

(Pourvu qu'ils ne me le gardent pas ! C'est la Fernande qui en ferait une tête et puis moi l'an prochain qu'est-ce que je ferais sans lui. Je l'aime bien mon Albert)

 

 

"Les passagers pour le Sénégal sont priés de se présenter à l'embarquement Terminal 4 du vol AF441".

 

Quelle histoire !

 

 

Henri Gébelin. Edition 2017/2018

 

 

 

Dis-moi dix mots

 

 

Une femme est assise, seule, au centre d'une pièce... Elle attend... Elle n'en peut plus d'attendre et se lève, va à la porte :

Ohé ! Ohé ! Il y a quelqu'un ?

 

Silence.

Elle retourne s'asseoir, s'agite, se lève à nouveau et commence à arpenter la pièce.

Mais pourquoi m'ont-ils choisie ? Je ne suis pourtant pas comme ces griots qui délivrent des histoires truculentes...

 

Elle s'arrête, réfléchit :

Lorsqu'on se réunit en quelque endroit pour placoter tranquillement, c'est à peine si je susurre quelques cancans...

 

Quelques pas, elle poursuit sa réflexion :

Oui, c'est vrai, je fais parfois preuve d'un certain bagou... (souriant) Il m'arrive même d'être volubile, éloquente ! … (sérieuse) Mais attention ! Sans jamais tomber dans la jactance, je sais me tenir !

 

Elle retourne s'asseoir, songeuse :

Une petite voix me dit que c'est peut-être mon léger accent qui les a interpellés...

 

Elle marque pause, se lève à nouveau et retourne à la porte :

Ohé ! Ohé ! Et quoi, vous voulez que je la raconte votre histoire ?!

 

 

FIN

 

Nathalie Kahlmann

 

 

SUSURRER

 

Pour le prononcer on met les lèvres, à peine ouvertes, en avant ; et l'on voit déjà l'oreill, à peine ouverte, qui se tend pour ouïr la susurration.
Dans "susurrer" il y a "sucre", comme si le mot poussait à sucer quelque chose, ou juste sucer les mots.

On susurre les mots d'amour destinés à une seule personne, les autres ne sont pas concernés.
Susurrer, c'est partager une intimité.
Susurrer, pour ne pas déranger.
La nature susurre. Le vent susurrait dans les feuilles d'un saule. Un ruisseau susurrait son "glouglou" au voyageur.
Dans susurrer, il y a auss l'idée d'un sifflement léger, ou d'un gazouillis, ou un bruissement.
Il y a des gens qui aiment gueuler, crier, vociférer et d'autres qui préfèrent les murmures, l'écoute et le parler tranquille.

Il en faut des grandes gueules pour faire vivre un pays. Mais savoir murmurer, susurrer à l'oreille de ces grandes gueules, c'est oser en douceur les choses du féminin.

Michel Gernez, 27 janvier 2018

 

 

L'ACCENT

 

L'accent, étymologiquement, viendrait d'accentus, cantus : chant. L'accent donne l'intensité à une syllabe.

J'aime les accents qui se mettent sur les voyelles pour les faire chanter, ça égaye les mots d'avoir quelque chose sur leur tête, des petites touches musicales. L'accent aigu (au féminin aiguë) de bonté, en vérité est plus léger que l'accent grave de prophète règle.

L'accent circonflexe, ce petit chapeau amusant, va bien à "tête", "château" ; il se porte pas mal sur pôle, dôme, trône et le petit chapeau du prêtre. Il est étonnant sur "vous fûtes", "reçutes", et un dû et aussi le tû, participe passé de taire.

Pour ma part, j'ajoute le tréma, très gai sur aïeul, ouïr, canoë, l'Haÿ les Roses.

J'aime les accents de terroir, ils sont imprégnés de sensations, de saveurs. Ceux du Midi, c'est le soleil, le pastis. Celui d'Alsace, c'est la bière, la choucroute, les cigognes. L'accent du sud-ouest, le foie gras, le cassoulet, les fêtes au "Louyemè", habit traditionnel des résineux landais.

Derrière les accents de terroir, il y a le savoir-faire de toutes ses femmes, de tous ses hommes qui l'habitent et sont habités par leur terre.

 

Michel Gernez, 17 février 2018

 

 

 

 

 

"Avec son accent marseillais, il aurait pu vendre du vent, tellement il avait de bagou. Sa voix portait bien dans la foule qui l'entourait. Les spectateurs placotaient un peu autour de lui, mais cela était loin de couvrir sa jactance. Très volubile, il haranguait ses futurs clients en faisant l'article d'un produit miraculeux qui enlevait toutes les taches, même les plus rebelles : "Ohé ! Ohé ! Braves gens..." disait-il. Il s'approcha d'une femme au premier rang et lui susurra quelque chose à l'oreille... Personne n'entendit. Tel un griot, il repartait sur les taches de gras, de sang, de rouille que son étonnant produit faisait disparaitre. Truculent, il arriva à convaincre bon nombre de ménagères. Les hommes étaient moins nombreux et plus septiques. En fin de soirée, tous ses savons avaient disparu."

 

Marie-Christine Besnard (Atelier écriture Voix Libre)

 

- Encore en train de placoter ? C'est ainsi que Charles nous a abordés. Il venait de franchir la porte du bar, et déjà sa voix légèrement nasillarde nous parvenait, avec son fort accent canadien. Quand le soleil ne se levait plus chez lui, il venait passer quelques mois en France.

- Comment tu vas l'ami ? Déjà debout ?

- Oui, c'est le décalage horaire. A propos, j'en ai une bien bonne à vous raconter. C'est l'histoire d'une femme qui magasinait et

- Dis, tu ne veux pas prendre un petit café d'abord ? Le temps qu'on se réveille un peu.

- Bon. Je vois que vous n'êtes pas très volubiles ce matin. Je ferais mieux d'aller susurrer aux oreilles des chevaux.

- Toujours le même bagou Charly. Tu ne changes pas.

- Ohé ! Te voilà revenu ? Marius entrait à son tour pour son petit noir du matin. Accolade amicale. Content de te savoir de retour le griot blanc. J'ai hâte d'entendre une de tes histoires truculentes.

- Pour ce qui est de mes histoires, il va falloir accorder vos violons les gars. Allez, café pour tout le monde. C'est ma tournée."

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

"Je l'ai rencontré l'autre jour sur la place du village, toujours avec le même bagou et son accent si particulier. Sa voix est tellement puissante, que l'on pourrait croire que tous les autres commerçants ne font que susurrer quelques mots à peine audibles pour vendre leurs marchandises.

C'était jour de marché, il était comme un griot sous son arbre. Le soleil était écrasant de chaleur, mais une foule de gens écoutait son langage truculent, comme hypnotisée par sa voix. Mon ami Québécois m'aurait dit "Il n'arrête pas de placoter celui-là !". Le papé du village commençait à s'énerver, à crier "ce n'est que de la jactance, rien de plus. Ses mots sont comme le vent, ils passent et rien ne reste".

Moi, je restais là, comme fascinée. Je me régalais de ces mots truculents qu'il utilisait avec volubilité.

J'étais derrière tout ce groupe de curieux. J'avais envie de crier "Ohé !", car il aurait été quand même intéressant de savoir ce qu'il vendait !"

 

Lucie Vanlaere (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Lors d'une réunion conviviale à la maison, je raconte à mes amis parisiens mes petites histoires marseillaises, avec mon accent méridional, qu'ils trouvent truculent. Aussi j'aurais tendance à devenir volubile.

Mais une voix se fait entendre !

Ohé ! Quelle est cette jactance ? Je voudrais un peu de tranquillité pour terminer mon compte- rendu de réunion.

Un de mes camarades, qui ne manque pas de bagou, me susurre à l'oreille : "Au lieu de travailler, ton mari devrait venir placoter avec nous, ça le détendrait."

 

Laurette Rousson (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

 

Ohé ! Ohé bonnes gens ! Vous êtes avec moi ? Hiro venait d'entrer en scène et haranguait les villageois venus l'écouter. Aussitôt les enfants cessaient de placoter et jacter. Le silence s'installait, avant le départ pour des aventures truculentes que Hiro racontait de sa voix envoûtante. Intermèdes de tam-tam, éclats de rire ou paroles susurrées avec un accent créole, sur tous les tons, le volubile griot jouait de son bagou pour transmettre la tradition orale dont il avait hérité.

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Ohé le marseillais, tu nous soûles, on le sait que tu as du bagou, tu es connu pour ta jactance, et avec ton accent, ça passe bien, mais arrête un peu, veux-tu !

Susurre-nous plutôt un air de Sinatra, "la voix" comme l'appellent les américains. Mais non, ne te fâche pas, on t'aime bien, toi le griot du midi et si parfois tu es trop volubile, tes histoires truculentes nous ravissent. Tu peux continuer à placoter à propos de tout et de rien, tu seras toujours le plusfort dans cet exercice.

Jean-Marie Bonnefoy, 23 février 2018

DIS MOI DIX MOTS

 

 

Par un soir d'hiver, la nuit tombe sur Montpezat. Les rues sont vides, les volets des maisons sont clos, tout est sombre sauf les lumières de l'EHPAD qui éclairent la prairie.

Un homme marche dans le village. Il cherche, il cherche une maison éclairée, un café, un endroit prêt à l'accueillir.

Sur la place de la république, sous la mairie, il y a de la lumière. Une maison en pierre, avec un passage en arcade, de grandes baies vitrées remplies de livres. Dedans il y a du monde, des ordinateurs, çà discute mais pas trop fort, il y a de l'ambiance.

C'est une bibliothèque, non c'est une médiathèque.

-  Ohé , dit l'homme en rentrant

Cet homme est vêtu à l'africaine, pas commun dans notre contrée, il a un magnifique sourire et des yeux pétillants d'intelligence.

- Je suis un griot et je voudrais pouvoir un peu placoter avec les gens du pays parce que je cherche des histoires locales à collecter pour faire un spectacle quand je rentrerai dans mon village »

Et le voilà parti à décrire son village, son pays, le climat, la géographie, sa famille. Sa voix volubile, teintée d'un accent particulier , bien rodé attire la sympathie.

Tous les lecteurs présents sont sidérés par le bagou de cet homme venu d'ailleurs et la jactance monte, on finit par ne plus s'entendre dans la médiathèque.

Christine sussure à l'oreille de Karine

- Pourquoi ne pas organiser une animation avec des conteurs, des conteurs d'histoires truculentes ? 

- On le ferait dans le cadre de l’opération « dis-moi dix mots »

Aussitôt dit, aussitôt organisé.

 

 

Jacqueline Testud

 

 

 

Lettre à une passante

 

Chère madame,

Nous nous sommes rencontrées ce matin sur une route de campagne. Vous ne m'avez pas vue : vous étiez au téléphone. Je vous rencontre souvent alors que je vais promener mes chiens dans les rares endroits encore accessibles quand ce n'est pas un jour de chasse.

Vous ne m'avez jamais vue : les trois petits enfants que vous promeniez non plus. Deux en poussette et le troisième qui marchait près de vous.

Je me suis souvenue des promenades que je faisais dans les bois avec mon petit-fils : il ramassait, dans son sac à dos, « ses trésors ». Quelques fleurs, une châtaigne, une branche écorcée, des cailloux colorés... Et tout cela étalé ensuite sur une table pour les admirer. Nous avons vu ensemble les genêts et la bruyère, les arbres centenaires. Il n'y avait pas de téléphone portable et nous parlions en baissant la voix, nous écoutions le cri volubile du geai qui avertissait de notre passage, nous écoutions même le silence des bois.

Mon petit-fils a grandi : à l'université, il a choisi la biochimie. Le contact avec la nature a dû laisser quelques traces !

Les trois enfants que vous promenez, à qui vous ne parlez pas, ne verront pas le jupon brun mordoré du chêne en ce début d'hiver, ni la couleur des feuilles d'érable tapissant le sentier. Ils n'entendront pas le cri du geai, ils ne sauront pas le nom des rares oiseaux. Ils n'admireront pas le trot du poulain dans le pré, ni l'allure touchante du cochon noir se roulant dans la boue. Ils ne verront rien car vous ne verrez rien non plus, votre téléphone prenant toute votre énergie et votre temps.

Mes chiens courent sur les sentiers, je les gronde car ils ont débusqué un jeune renard et sont partis derrière. Penauds, ils reviennent et partent après un écureuil qui sautille dans une clairière avant de s'enrouler malicieusement autour d'un tronc de conifère. Je respire : rien n'est endommagé !

Ce soir ou demain, on nous dira que les enfants deviennent autistes et n'ont plus de mots pour s'exprimer car les écrans les retardent, plus de bagou pour rire avec les autres.

Que faites-vous madame, lorsque vous rentrez chez vous avec ces enfants, les mettez-vous devant un écran  pour avoir la paix  en attendant la sieste ? Leur susurrez-vous des histoires pour les endormir ?

Êtes-vous de ceux, qui, au restaurant, sont figés sur leur portable ainsi que les autres convives de votre table ? Et indifférents à l'accent canadien de la table voisine dont les convives placotent joyeusement ?

Un vrai bonheur, n'est- ce- pas, d'aller manger ensemble ?

J'ai entendu le roucoulement d'un ramier et j'ai souri aux acrobaties des mésanges sur un rosier sauvage. J'ai rencontré deux couples avec leurs chiens, ils m'ont saluée et nous avons parlé des chiens, du temps, de la chasse, de la forêt, des espaces encore libres.

En revenant, madame, je vous ai rencontrée encore, avec les trois petits : vous étiez au téléphone dans une truculente conversation. Je me suis demandée quel était ce mystérieux correspondant qui vous coupait du monde, qui vous occupait tant que les enfants n'avaient rien vu, rien entendu et rien dit.

La tradition asiatique nous montrant trois petits singes qui se cachent la bouche, les yeux et les oreilles, est destinée à éloigner le mal. Ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal (pas de jactance inutile), ne pas voir le mal... Elle ne ressemble en rien à cette attitude qui consiste à ne plus montrer à nos petits ce qui est beau, à ne pas leur donner des mots pour s'exprimer, à ignorer la nature.

Allons, madame, il est encore temps. Mettez votre téléphone dans votre sac, vous verrez vos messages importants au retour. Regardez, admirez, parlez à vos enfants, goûtez avec eux le bonheur de respirer à la campagne, d'entendre roucouler le ramier, de guetter les nouvelles pousses dans les fossés, de cueillir les chatons du noisetier.

Un jour ils vous diront merci.

Je vous salue, madame.

 

Madeleine Covas

 

 

Ohé le griot volubile à la jactance truculente au lieu de placoter et de susurrer, qu'on entende ta voix, ton accent et ton bagou !

 

Lucie et Jean-Pierre Loupp

 

 

DIS-MOI DIX MOTS

 

Paroles, paroles... saynète en trois actes, sur le plateau ardéchois avec l'inénarrable Albert

 

 

ACTE I

 

(C'est le matin, le soleil est déjà haut dans le ciel, l'Albert rentre chez lui en courant derrière ses chèvres)

 

- OHE Albert, elle est prête cette valise ?

- Quelle valise ?

- Tu ne vas pas me dire que tu as oublié que nous partons dans huit jours ?

- Si, non, vas-y seul, moi je reste sur mon plateau.

- Arrête tes caprices tu veux, sinon, ils vont m'entendre jusqu'au fond de la vallée.

- Eh bien, tu n'as qu'à t'énerver, dans la vallée ils en ont l'habitude, même que ça les fait rigoler. "Entends-le, l'Autre, il va encore nous faire un coup de sans".

- Albert, j'ai déjà pris les billets sur Internet il y a deuxmois.

- Tu n'as qu'à revendre le mien à quelqu'un. Il n'en manque pas qui veulent aller voir ailleurs s'il fait meilleur qu'ici.

 

(Je crois que c'est pas gagné. Quelle bourrique ! On verra ça demain)

 

 

ACTE II

 

(Il est midi, l'Albert "dîne" devant sa porte, saucisson, fromage et un litron de rouge, du Clinton je crois)

 

- Bonjour Albert, ça va aujourd'hui ?

- ça va, et toi ?

- ça va, tu as un peu réfléchi depuis hier ?

- D'abord, c'est le miroir qui réfléchit, ensuite je n'ai fait que ça, à tel point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit.

- Ah bon, elle a un oeil la nuit (et toc !) et alors ?

- Et alors c'est toujours non. Tu m'embêtes avec ton voyage. Tu ne te rends pas compte de tous les problèmes que ça pose.

- Ah oui, et lesquels ?

- Tout d'abord mes chèvres. Qui va leur SUSURRER des mots gentils pour leur demander de me donner leur lait en trayant avec douceur ? Et qui va les traire à ma place ? Oui, qui ?

- La Fernande. Elle ne demande qu'à te rendre service. Et puis un service en vaut bien un autre. Tu vois ce que je veux dire ou je te fais un dessin ? Quand elle a eu son petit dernier et qu'il fallait lui tirer...

- Bon, bon, n'en rajoute pas. Et puis où allons-nous ?

 

(C'est gagné ! L'Albert, il faut le prendre par les sentiments, ça marche à tous les coups !

 

 

 

ACTE III

 

(Tout va bien, l'Albert s'est calmé. L'évocation de la Fernande a produit l'effet escompté.)

 

- Oui, où allons-nous ?

- Nous allons, nous allons... au Sénégal. (ouf, c'est dit !)

- Au séné... quoi ?

- Au Sé-né-gal, Dakar, la Casamance, ça ne te dit rien ?

- Bof, pas plus que ça, un pays où ils parlent, non un pays où ils ont une VOIX et un ACCENT un peu bizarre que j'ai du mal suivre quand je regarde des documentaires à la télé.

- Pas plus que toi quand il s'agit de PLACOTER avec la Fernande sur les uns ou les autres, et patati et patata !

- Non, mais attends, ce n'est pas dans ce pays où ils jouent avec un dé et trois gobelets. J'en ai vu un, un jour de marché aux bestiaux sur le plateau, quel BAGOU ! Et tous ces couillons de "padgels" qui y laissaient des plumes.

- Toi aussi je crois Albert. Tu ne t'en es pas vanté, mais au village ça cause.

- Oui avec sa JACTANCE il m'a eu aussi l'animal.

- Non Albert, ça n'a rien à vior. Nous allons dans des petits villages à la rencontre des GRIOTS et des GRIOTTES.

- Ah bon, là-bas aussi ils ont des cerises ?

- Non Albert, ce sont des gens qui te racontent des histoires de leur pays, de leurs villages et qui chantent.

- Oui, comme celui qui m'a plumé sur la plateau

- Non Albert, eux ils n'ont ni dés, ni gobelets, mais c'est vrai, ils parlent beaucoup, on dirait chez nous qu'ils sont très VOLUBILES.

- Comme celui sur le plateau mais ce coup-ci ils ne m'auront pas. Au fait, on s'habille comment ?

- Reste comme tu ese Albert. Avec ta tenue... comment dire... un peu TRUCULENTE. Je parie qu'ils vont te prendre pour un des leurs. Tu sais chez eux aussi dans leurs champs il y a des oiseaux qui pillent leurs récoltes, alors qu'ils font come toi sur le plateau, ils mettent des...

 

(Pourvu qu'ils ne me le gardent pas ! C'est la Fernande qui en ferait une tête et puis moi l'an prochain qu'est-ce que je ferais sans lui. Je l'aime bien mon Albert)

 

 

"Les passagers pour le Sénégal sont priés de se présenter à l'embarquement Terminal 4 du vol AF441".

 

Quelle histoire !

 

 

Henri Gébelin. Edition 2017/2018

 

 

 

Dis-moi dix mots

 

 

Une femme est assise, seule, au centre d'une pièce... Elle attend... Elle n'en peut plus d'attendre et se lève, va à la porte :

Ohé ! Ohé ! Il y a quelqu'un ?

 

Silence.

Elle retourne s'asseoir, s'agite, se lève à nouveau et commence à arpenter la pièce.

Mais pourquoi m'ont-ils choisie ? Je ne suis pourtant pas comme ces griots qui délivrent des histoires truculentes...

 

Elle s'arrête, réfléchit :

Lorsqu'on se réunit en quelque endroit pour placoter tranquillement, c'est à peine si je susurre quelques cancans...

 

Quelques pas, elle poursuit sa réflexion :

Oui, c'est vrai, je fais parfois preuve d'un certain bagou... (souriant) Il m'arrive même d'être volubile, éloquente ! … (sérieuse) Mais attention ! Sans jamais tomber dans la jactance, je sais me tenir !

 

Elle retourne s'asseoir, songeuse :

Une petite voix me dit que c'est peut-être mon léger accent qui les a interpellés...

 

Elle marque pause, se lève à nouveau et retourne à la porte :

Ohé ! Ohé ! Et quoi, vous voulez que je la raconte votre histoire ?!

 

 

FIN

 

Nathalie Kahlmann

 

 

SUSURRER

 

Pour le prononcer on met les lèvres, à peine ouvertes, en avant ; et l'on voit déjà l'oreill, à peine ouverte, qui se tend pour ouïr la susurration.
Dans "susurrer" il y a "sucre", comme si le mot poussait à sucer quelque chose, ou juste sucer les mots.

On susurre les mots d'amour destinés à une seule personne, les autres ne sont pas concernés.
Susurrer, c'est partager une intimité.
Susurrer, pour ne pas déranger.
La nature susurre. Le vent susurrait dans les feuilles d'un saule. Un ruisseau susurrait son "glouglou" au voyageur.
Dans susurrer, il y a auss l'idée d'un sifflement léger, ou d'un gazouillis, ou un bruissement.
Il y a des gens qui aiment gueuler, crier, vociférer et d'autres qui préfèrent les murmures, l'écoute et le parler tranquille.

Il en faut des grandes gueules pour faire vivre un pays. Mais savoir murmurer, susurrer à l'oreille de ces grandes gueules, c'est oser en douceur les choses du féminin.

Michel Gernez, 27 janvier 2018

 

 

L'ACCENT

 

L'accent, étymologiquement, viendrait d'accentus, cantus : chant. L'accent donne l'intensité à une syllabe.

J'aime les accents qui se mettent sur les voyelles pour les faire chanter, ça égaye les mots d'avoir quelque chose sur leur tête, des petites touches musicales. L'accent aigu (au féminin aiguë) de bonté, en vérité est plus léger que l'accent grave de prophète règle.

L'accent circonflexe, ce petit chapeau amusant, va bien à "tête", "château" ; il se porte pas mal sur pôle, dôme, trône et le petit chapeau du prêtre. Il est étonnant sur "vous fûtes", "reçutes", et un dû et aussi le tû, participe passé de taire.

Pour ma part, j'ajoute le tréma, très gai sur aïeul, ouïr, canoë, l'Haÿ les Roses.

J'aime les accents de terroir, ils sont imprégnés de sensations, de saveurs. Ceux du Midi, c'est le soleil, le pastis. Celui d'Alsace, c'est la bière, la choucroute, les cigognes. L'accent du sud-ouest, le foie gras, le cassoulet, les fêtes au "Louyemè", habit traditionnel des résineux landais.

Derrière les accents de terroir, il y a le savoir-faire de toutes ses femmes, de tous ses hommes qui l'habitent et sont habités par leur terre.

 

Michel Gernez, 17 février 2018

 

 

 

 

 

"Avec son accent marseillais, il aurait pu vendre du vent, tellement il avait de bagou. Sa voix portait bien dans la foule qui l'entourait. Les spectateurs placotaient un peu autour de lui, mais cela était loin de couvrir sa jactance. Très volubile, il haranguait ses futurs clients en faisant l'article d'un produit miraculeux qui enlevait toutes les taches, même les plus rebelles : "Ohé ! Ohé ! Braves gens..." disait-il. Il s'approcha d'une femme au premier rang et lui susurra quelque chose à l'oreille... Personne n'entendit. Tel un griot, il repartait sur les taches de gras, de sang, de rouille que son étonnant produit faisait disparaitre. Truculent, il arriva à convaincre bon nombre de ménagères. Les hommes étaient moins nombreux et plus septiques. En fin de soirée, tous ses savons avaient disparu."

 

Marie-Christine Besnard (Atelier écriture Voix Libre)

 

- Encore en train de placoter ? C'est ainsi que Charles nous a abordés. Il venait de franchir la porte du bar, et déjà sa voix légèrement nasillarde nous parvenait, avec son fort accent canadien. Quand le soleil ne se levait plus chez lui, il venait passer quelques mois en France.

- Comment tu vas l'ami ? Déjà debout ?

- Oui, c'est le décalage horaire. A propos, j'en ai une bien bonne à vous raconter. C'est l'histoire d'une femme qui magasinait et

- Dis, tu ne veux pas prendre un petit café d'abord ? Le temps qu'on se réveille un peu.

- Bon. Je vois que vous n'êtes pas très volubiles ce matin. Je ferais mieux d'aller susurrer aux oreilles des chevaux.

- Toujours le même bagou Charly. Tu ne changes pas.

- Ohé ! Te voilà revenu ? Marius entrait à son tour pour son petit noir du matin. Accolade amicale. Content de te savoir de retour le griot blanc. J'ai hâte d'entendre une de tes histoires truculentes.

- Pour ce qui est de mes histoires, il va falloir accorder vos violons les gars. Allez, café pour tout le monde. C'est ma tournée."

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

"Je l'ai rencontré l'autre jour sur la place du village, toujours avec le même bagou et son accent si particulier. Sa voix est tellement puissante, que l'on pourrait croire que tous les autres commerçants ne font que susurrer quelques mots à peine audibles pour vendre leurs marchandises.

C'était jour de marché, il était comme un griot sous son arbre. Le soleil était écrasant de chaleur, mais une foule de gens écoutait son langage truculent, comme hypnotisée par sa voix. Mon ami Québécois m'aurait dit "Il n'arrête pas de placoter celui-là !". Le papé du village commençait à s'énerver, à crier "ce n'est que de la jactance, rien de plus. Ses mots sont comme le vent, ils passent et rien ne reste".

Moi, je restais là, comme fascinée. Je me régalais de ces mots truculents qu'il utilisait avec volubilité.

J'étais derrière tout ce groupe de curieux. J'avais envie de crier "Ohé !", car il aurait été quand même intéressant de savoir ce qu'il vendait !"

 

Lucie Vanlaere (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Lors d'une réunion conviviale à la maison, je raconte à mes amis parisiens mes petites histoires marseillaises, avec mon accent méridional, qu'ils trouvent truculent. Aussi j'aurais tendance à devenir volubile.

Mais une voix se fait entendre !

Ohé ! Quelle est cette jactance ? Je voudrais un peu de tranquillité pour terminer mon compte- rendu de réunion.

Un de mes camarades, qui ne manque pas de bagou, me susurre à l'oreille : "Au lieu de travailler, ton mari devrait venir placoter avec nous, ça le détendrait."

 

Laurette Rousson (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

 

Ohé ! Ohé bonnes gens ! Vous êtes avec moi ? Hiro venait d'entrer en scène et haranguait les villageois venus l'écouter. Aussitôt les enfants cessaient de placoter et jacter. Le silence s'installait, avant le départ pour des aventures truculentes que Hiro racontait de sa voix envoûtante. Intermèdes de tam-tam, éclats de rire ou paroles susurrées avec un accent créole, sur tous les tons, le volubile griot jouait de son bagou pour transmettre la tradition orale dont il avait hérité.

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Ohé le marseillais, tu nous soûles, on le sait que tu as du bagou, tu es connu pour ta jactance, et avec ton accent, ça passe bien, mais arrête un peu, veux-tu !

Susurre-nous plutôt un air de Sinatra, "la voix" comme l'appellent les américains. Mais non, ne te fâche pas, on t'aime bien, toi le griot du midi et si parfois tu es trop volubile, tes histoires truculentes nous ravissent. Tu peux continuer à placoter à propos de tout et de rien, tu seras toujours le plusfort dans cet exercice.

Jean-Marie Bonnefoy, 23 février 2018

DIS MOI DIX MOTS

 

 

Par un soir d'hiver, la nuit tombe sur Montpezat. Les rues sont vides, les volets des maisons sont clos, tout est sombre sauf les lumières de l'EHPAD qui éclairent la prairie.

Un homme marche dans le village. Il cherche, il cherche une maison éclairée, un café, un endroit prêt à l'accueillir.

Sur la place de la république, sous la mairie, il y a de la lumière. Une maison en pierre, avec un passage en arcade, de grandes baies vitrées remplies de livres. Dedans il y a du monde, des ordinateurs, çà discute mais pas trop fort, il y a de l'ambiance.

C'est une bibliothèque, non c'est une médiathèque.

-  Ohé , dit l'homme en rentrant

Cet homme est vêtu à l'africaine, pas commun dans notre contrée, il a un magnifique sourire et des yeux pétillants d'intelligence.

- Je suis un griot et je voudrais pouvoir un peu placoter avec les gens du pays parce que je cherche des histoires locales à collecter pour faire un spectacle quand je rentrerai dans mon village »

Et le voilà parti à décrire son village, son pays, le climat, la géographie, sa famille. Sa voix volubile, teintée d'un accent particulier , bien rodé attire la sympathie.

Tous les lecteurs présents sont sidérés par le bagou de cet homme venu d'ailleurs et la jactance monte, on finit par ne plus s'entendre dans la médiathèque.

Christine sussure à l'oreille de Karine

- Pourquoi ne pas organiser une animation avec des conteurs, des conteurs d'histoires truculentes ? 

- On le ferait dans le cadre de l’opération « dis-moi dix mots »

Aussitôt dit, aussitôt organisé.

 

 

Jacqueline Testud

 

 

 

Lettre à une passante

 

Chère madame,

Nous nous sommes rencontrées ce matin sur une route de campagne. Vous ne m'avez pas vue : vous étiez au téléphone. Je vous rencontre souvent alors que je vais promener mes chiens dans les rares endroits encore accessibles quand ce n'est pas un jour de chasse.

Vous ne m'avez jamais vue : les trois petits enfants que vous promeniez non plus. Deux en poussette et le troisième qui marchait près de vous.

Je me suis souvenue des promenades que je faisais dans les bois avec mon petit-fils : il ramassait, dans son sac à dos, « ses trésors ». Quelques fleurs, une châtaigne, une branche écorcée, des cailloux colorés... Et tout cela étalé ensuite sur une table pour les admirer. Nous avons vu ensemble les genêts et la bruyère, les arbres centenaires. Il n'y avait pas de téléphone portable et nous parlions en baissant la voix, nous écoutions le cri volubile du geai qui avertissait de notre passage, nous écoutions même le silence des bois.

Mon petit-fils a grandi : à l'université, il a choisi la biochimie. Le contact avec la nature a dû laisser quelques traces !

Les trois enfants que vous promenez, à qui vous ne parlez pas, ne verront pas le jupon brun mordoré du chêne en ce début d'hiver, ni la couleur des feuilles d'érable tapissant le sentier. Ils n'entendront pas le cri du geai, ils ne sauront pas le nom des rares oiseaux. Ils n'admireront pas le trot du poulain dans le pré, ni l'allure touchante du cochon noir se roulant dans la boue. Ils ne verront rien car vous ne verrez rien non plus, votre téléphone prenant toute votre énergie et votre temps.

Mes chiens courent sur les sentiers, je les gronde car ils ont débusqué un jeune renard et sont partis derrière. Penauds, ils reviennent et partent après un écureuil qui sautille dans une clairière avant de s'enrouler malicieusement autour d'un tronc de conifère. Je respire : rien n'est endommagé !

Ce soir ou demain, on nous dira que les enfants deviennent autistes et n'ont plus de mots pour s'exprimer car les écrans les retardent, plus de bagou pour rire avec les autres.

Que faites-vous madame, lorsque vous rentrez chez vous avec ces enfants, les mettez-vous devant un écran  pour avoir la paix  en attendant la sieste ? Leur susurrez-vous des histoires pour les endormir ?

Êtes-vous de ceux, qui, au restaurant, sont figés sur leur portable ainsi que les autres convives de votre table ? Et indifférents à l'accent canadien de la table voisine dont les convives placotent joyeusement ?

Un vrai bonheur, n'est- ce- pas, d'aller manger ensemble ?

J'ai entendu le roucoulement d'un ramier et j'ai souri aux acrobaties des mésanges sur un rosier sauvage. J'ai rencontré deux couples avec leurs chiens, ils m'ont saluée et nous avons parlé des chiens, du temps, de la chasse, de la forêt, des espaces encore libres.

En revenant, madame, je vous ai rencontrée encore, avec les trois petits : vous étiez au téléphone dans une truculente conversation. Je me suis demandée quel était ce mystérieux correspondant qui vous coupait du monde, qui vous occupait tant que les enfants n'avaient rien vu, rien entendu et rien dit.

La tradition asiatique nous montrant trois petits singes qui se cachent la bouche, les yeux et les oreilles, est destinée à éloigner le mal. Ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal (pas de jactance inutile), ne pas voir le mal... Elle ne ressemble en rien à cette attitude qui consiste à ne plus montrer à nos petits ce qui est beau, à ne pas leur donner des mots pour s'exprimer, à ignorer la nature.

Allons, madame, il est encore temps. Mettez votre téléphone dans votre sac, vous verrez vos messages importants au retour. Regardez, admirez, parlez à vos enfants, goûtez avec eux le bonheur de respirer à la campagne, d'entendre roucouler le ramier, de guetter les nouvelles pousses dans les fossés, de cueillir les chatons du noisetier.

Un jour ils vous diront merci.

Je vous salue, madame.

 

Madeleine Covas

 

 

Ohé le griot volubile à la jactance truculente au lieu de placoter et de susurrer, qu'on entende ta voix, ton accent et ton bagou !

 

Lucie et Jean-Pierre Loupp

 

 

DIS-MOI DIX MOTS

 

Paroles, paroles... saynète en trois actes, sur le plateau ardéchois avec l'inénarrable Albert

 

 

ACTE I

 

(C'est le matin, le soleil est déjà haut dans le ciel, l'Albert rentre chez lui en courant derrière ses chèvres)

 

- OHE Albert, elle est prête cette valise ?

- Quelle valise ?

- Tu ne vas pas me dire que tu as oublié que nous partons dans huit jours ?

- Si, non, vas-y seul, moi je reste sur mon plateau.

- Arrête tes caprices tu veux, sinon, ils vont m'entendre jusqu'au fond de la vallée.

- Eh bien, tu n'as qu'à t'énerver, dans la vallée ils en ont l'habitude, même que ça les fait rigoler. "Entends-le, l'Autre, il va encore nous faire un coup de sans".

- Albert, j'ai déjà pris les billets sur Internet il y a deuxmois.

- Tu n'as qu'à revendre le mien à quelqu'un. Il n'en manque pas qui veulent aller voir ailleurs s'il fait meilleur qu'ici.

 

(Je crois que c'est pas gagné. Quelle bourrique ! On verra ça demain)

 

 

ACTE II

 

(Il est midi, l'Albert "dîne" devant sa porte, saucisson, fromage et un litron de rouge, du Clinton je crois)

 

- Bonjour Albert, ça va aujourd'hui ?

- ça va, et toi ?

- ça va, tu as un peu réfléchi depuis hier ?

- D'abord, c'est le miroir qui réfléchit, ensuite je n'ai fait que ça, à tel point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit.

- Ah bon, elle a un oeil la nuit (et toc !) et alors ?

- Et alors c'est toujours non. Tu m'embêtes avec ton voyage. Tu ne te rends pas compte de tous les problèmes que ça pose.

- Ah oui, et lesquels ?

- Tout d'abord mes chèvres. Qui va leur SUSURRER des mots gentils pour leur demander de me donner leur lait en trayant avec douceur ? Et qui va les traire à ma place ? Oui, qui ?

- La Fernande. Elle ne demande qu'à te rendre service. Et puis un service en vaut bien un autre. Tu vois ce que je veux dire ou je te fais un dessin ? Quand elle a eu son petit dernier et qu'il fallait lui tirer...

- Bon, bon, n'en rajoute pas. Et puis où allons-nous ?

 

(C'est gagné ! L'Albert, il faut le prendre par les sentiments, ça marche à tous les coups !

 

 

 

ACTE III

 

(Tout va bien, l'Albert s'est calmé. L'évocation de la Fernande a produit l'effet escompté.)

 

- Oui, où allons-nous ?

- Nous allons, nous allons... au Sénégal. (ouf, c'est dit !)

- Au séné... quoi ?

- Au Sé-né-gal, Dakar, la Casamance, ça ne te dit rien ?

- Bof, pas plus que ça, un pays où ils parlent, non un pays où ils ont une VOIX et un ACCENT un peu bizarre que j'ai du mal suivre quand je regarde des documentaires à la télé.

- Pas plus que toi quand il s'agit de PLACOTER avec la Fernande sur les uns ou les autres, et patati et patata !

- Non, mais attends, ce n'est pas dans ce pays où ils jouent avec un dé et trois gobelets. J'en ai vu un, un jour de marché aux bestiaux sur le plateau, quel BAGOU ! Et tous ces couillons de "padgels" qui y laissaient des plumes.

- Toi aussi je crois Albert. Tu ne t'en es pas vanté, mais au village ça cause.

- Oui avec sa JACTANCE il m'a eu aussi l'animal.

- Non Albert, ça n'a rien à vior. Nous allons dans des petits villages à la rencontre des GRIOTS et des GRIOTTES.

- Ah bon, là-bas aussi ils ont des cerises ?

- Non Albert, ce sont des gens qui te racontent des histoires de leur pays, de leurs villages et qui chantent.

- Oui, comme celui qui m'a plumé sur la plateau

- Non Albert, eux ils n'ont ni dés, ni gobelets, mais c'est vrai, ils parlent beaucoup, on dirait chez nous qu'ils sont très VOLUBILES.

- Comme celui sur le plateau mais ce coup-ci ils ne m'auront pas. Au fait, on s'habille comment ?

- Reste comme tu ese Albert. Avec ta tenue... comment dire... un peu TRUCULENTE. Je parie qu'ils vont te prendre pour un des leurs. Tu sais chez eux aussi dans leurs champs il y a des oiseaux qui pillent leurs récoltes, alors qu'ils font come toi sur le plateau, ils mettent des...

 

(Pourvu qu'ils ne me le gardent pas ! C'est la Fernande qui en ferait une tête et puis moi l'an prochain qu'est-ce que je ferais sans lui. Je l'aime bien mon Albert)

 

 

"Les passagers pour le Sénégal sont priés de se présenter à l'embarquement Terminal 4 du vol AF441".

 

Quelle histoire !

 

 

Henri Gébelin. Edition 2017/2018

 

 

 

Dis-moi dix mots

 

 

Une femme est assise, seule, au centre d'une pièce... Elle attend... Elle n'en peut plus d'attendre et se lève, va à la porte :

Ohé ! Ohé ! Il y a quelqu'un ?

 

Silence.

Elle retourne s'asseoir, s'agite, se lève à nouveau et commence à arpenter la pièce.

Mais pourquoi m'ont-ils choisie ? Je ne suis pourtant pas comme ces griots qui délivrent des histoires truculentes...

 

Elle s'arrête, réfléchit :

Lorsqu'on se réunit en quelque endroit pour placoter tranquillement, c'est à peine si je susurre quelques cancans...

 

Quelques pas, elle poursuit sa réflexion :

Oui, c'est vrai, je fais parfois preuve d'un certain bagou... (souriant) Il m'arrive même d'être volubile, éloquente ! … (sérieuse) Mais attention ! Sans jamais tomber dans la jactance, je sais me tenir !

 

Elle retourne s'asseoir, songeuse :

Une petite voix me dit que c'est peut-être mon léger accent qui les a interpellés...

 

Elle marque pause, se lève à nouveau et retourne à la porte :

Ohé ! Ohé ! Et quoi, vous voulez que je la raconte votre histoire ?!

 

 

FIN

 

Nathalie Kahlmann

 

 

SUSURRER

 

Pour le prononcer on met les lèvres, à peine ouvertes, en avant ; et l'on voit déjà l'oreill, à peine ouverte, qui se tend pour ouïr la susurration.
Dans "susurrer" il y a "sucre", comme si le mot poussait à sucer quelque chose, ou juste sucer les mots.

On susurre les mots d'amour destinés à une seule personne, les autres ne sont pas concernés.
Susurrer, c'est partager une intimité.
Susurrer, pour ne pas déranger.
La nature susurre. Le vent susurrait dans les feuilles d'un saule. Un ruisseau susurrait son "glouglou" au voyageur.
Dans susurrer, il y a auss l'idée d'un sifflement léger, ou d'un gazouillis, ou un bruissement.
Il y a des gens qui aiment gueuler, crier, vociférer et d'autres qui préfèrent les murmures, l'écoute et le parler tranquille.

Il en faut des grandes gueules pour faire vivre un pays. Mais savoir murmurer, susurrer à l'oreille de ces grandes gueules, c'est oser en douceur les choses du féminin.

Michel Gernez, 27 janvier 2018

 

 

L'ACCENT

 

L'accent, étymologiquement, viendrait d'accentus, cantus : chant. L'accent donne l'intensité à une syllabe.

J'aime les accents qui se mettent sur les voyelles pour les faire chanter, ça égaye les mots d'avoir quelque chose sur leur tête, des petites touches musicales. L'accent aigu (au féminin aiguë) de bonté, en vérité est plus léger que l'accent grave de prophète règle.

L'accent circonflexe, ce petit chapeau amusant, va bien à "tête", "château" ; il se porte pas mal sur pôle, dôme, trône et le petit chapeau du prêtre. Il est étonnant sur "vous fûtes", "reçutes", et un dû et aussi le tû, participe passé de taire.

Pour ma part, j'ajoute le tréma, très gai sur aïeul, ouïr, canoë, l'Haÿ les Roses.

J'aime les accents de terroir, ils sont imprégnés de sensations, de saveurs. Ceux du Midi, c'est le soleil, le pastis. Celui d'Alsace, c'est la bière, la choucroute, les cigognes. L'accent du sud-ouest, le foie gras, le cassoulet, les fêtes au "Louyemè", habit traditionnel des résineux landais.

Derrière les accents de terroir, il y a le savoir-faire de toutes ses femmes, de tous ses hommes qui l'habitent et sont habités par leur terre.

 

Michel Gernez, 17 février 2018

 

 

 

 

 

"Avec son accent marseillais, il aurait pu vendre du vent, tellement il avait de bagou. Sa voix portait bien dans la foule qui l'entourait. Les spectateurs placotaient un peu autour de lui, mais cela était loin de couvrir sa jactance. Très volubile, il haranguait ses futurs clients en faisant l'article d'un produit miraculeux qui enlevait toutes les taches, même les plus rebelles : "Ohé ! Ohé ! Braves gens..." disait-il. Il s'approcha d'une femme au premier rang et lui susurra quelque chose à l'oreille... Personne n'entendit. Tel un griot, il repartait sur les taches de gras, de sang, de rouille que son étonnant produit faisait disparaitre. Truculent, il arriva à convaincre bon nombre de ménagères. Les hommes étaient moins nombreux et plus septiques. En fin de soirée, tous ses savons avaient disparu."

 

Marie-Christine Besnard (Atelier écriture Voix Libre)

 

- Encore en train de placoter ? C'est ainsi que Charles nous a abordés. Il venait de franchir la porte du bar, et déjà sa voix légèrement nasillarde nous parvenait, avec son fort accent canadien. Quand le soleil ne se levait plus chez lui, il venait passer quelques mois en France.

- Comment tu vas l'ami ? Déjà debout ?

- Oui, c'est le décalage horaire. A propos, j'en ai une bien bonne à vous raconter. C'est l'histoire d'une femme qui magasinait et

- Dis, tu ne veux pas prendre un petit café d'abord ? Le temps qu'on se réveille un peu.

- Bon. Je vois que vous n'êtes pas très volubiles ce matin. Je ferais mieux d'aller susurrer aux oreilles des chevaux.

- Toujours le même bagou Charly. Tu ne changes pas.

- Ohé ! Te voilà revenu ? Marius entrait à son tour pour son petit noir du matin. Accolade amicale. Content de te savoir de retour le griot blanc. J'ai hâte d'entendre une de tes histoires truculentes.

- Pour ce qui est de mes histoires, il va falloir accorder vos violons les gars. Allez, café pour tout le monde. C'est ma tournée."

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

"Je l'ai rencontré l'autre jour sur la place du village, toujours avec le même bagou et son accent si particulier. Sa voix est tellement puissante, que l'on pourrait croire que tous les autres commerçants ne font que susurrer quelques mots à peine audibles pour vendre leurs marchandises.

C'était jour de marché, il était comme un griot sous son arbre. Le soleil était écrasant de chaleur, mais une foule de gens écoutait son langage truculent, comme hypnotisée par sa voix. Mon ami Québécois m'aurait dit "Il n'arrête pas de placoter celui-là !". Le papé du village commençait à s'énerver, à crier "ce n'est que de la jactance, rien de plus. Ses mots sont comme le vent, ils passent et rien ne reste".

Moi, je restais là, comme fascinée. Je me régalais de ces mots truculents qu'il utilisait avec volubilité.

J'étais derrière tout ce groupe de curieux. J'avais envie de crier "Ohé !", car il aurait été quand même intéressant de savoir ce qu'il vendait !"

 

Lucie Vanlaere (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Lors d'une réunion conviviale à la maison, je raconte à mes amis parisiens mes petites histoires marseillaises, avec mon accent méridional, qu'ils trouvent truculent. Aussi j'aurais tendance à devenir volubile.

Mais une voix se fait entendre !

Ohé ! Quelle est cette jactance ? Je voudrais un peu de tranquillité pour terminer mon compte- rendu de réunion.

Un de mes camarades, qui ne manque pas de bagou, me susurre à l'oreille : "Au lieu de travailler, ton mari devrait venir placoter avec nous, ça le détendrait."

 

Laurette Rousson (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

 

Ohé ! Ohé bonnes gens ! Vous êtes avec moi ? Hiro venait d'entrer en scène et haranguait les villageois venus l'écouter. Aussitôt les enfants cessaient de placoter et jacter. Le silence s'installait, avant le départ pour des aventures truculentes que Hiro racontait de sa voix envoûtante. Intermèdes de tam-tam, éclats de rire ou paroles susurrées avec un accent créole, sur tous les tons, le volubile griot jouait de son bagou pour transmettre la tradition orale dont il avait hérité.

 

Francine Delenne (Atelier écriture Voix Libre)

 

 

Ohé le marseillais, tu nous soûles, on le sait que tu as du bagou, tu es connu pour ta jactance, et avec ton accent, ça passe bien, mais arrête un peu, veux-tu !

Susurre-nous plutôt un air de Sinatra, "la voix" comme l'appellent les américains. Mais non, ne te fâche pas, on t'aime bien, toi le griot du midi et si parfois tu es trop volubile, tes histoires truculentes nous ravissent. Tu peux continuer à placoter à propos de tout et de rien, tu seras toujours le plusfort dans cet exercice.

Jean-Marie Bonnefoy, 23 février 2018

Type :  Exposition
Organisateur :  Acteur culturel
Public :  Tout public
Thématique :  Littérature/Écrits/BD/Poésie

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