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Destin d’une femme

Chaque jour, Chama sort de chez elle très tôt pour aller à la ferme où elle travaille depuis des années. Son mari l’a quittée après qu’elle ait donné le jour à sa troisième fille. Cet homme qui a un caractère irresponsable et un penchant pour la paresse, accuse sa femme d’être incapable de mettre au monde un garçon. Désormais, Chama est seule face à des conditions pas toujours faciles à vivre, combattant pour assurer le pain quotidien de ses filles.
Mais ces derniers jours, Chama s’inquiète de l’état non rassurant de sa fille Hayat, déjà mariée à Lekebir. La sage femme du douar a informé l’époux à plusieurs reprises que Hayat doit accoucher à l’hôpital, autrement elle va courir beaucoup de risques.
Hayat n’a que quatorze ans. Elle n’a jamais voulu de ce mariage qu’elle considère comme une fin tragique au songe qu’elle nourrit depuis longtemps de continuer ses études pour avoir un bel avenir. Mais Chama lui a imposé cette union. C’est naturel car elle cherche un homme, un protecteur à sa petite communauté féminine.
Comme d’habitude, en revenant du travail, Chama passe voir sa fille aînée avant de regagner son logis. Mais ce jour là, elle aperçoit Lekabir au seuil de sa demeure, accompagné d’un homme en blanc, on dirait un médecin. Ce dernier part. Chama court et ne s’arrête que devant sa fille toute pâle qui va et vient au long de la chambre depuis ce matin dans de grandes souffrances. Elle n’a rien osé rien dire à son mari car il est très occupé.
Chama comprend, court et court encore, cette fois pour chercher un véhicule qui transporte sa fille à l’hôpital. Hélas Hayat rendit l’âme avant
d’arriver.
En enterrant Hayat, on mit fin ce jour-là à une histoire à peine commencée. Cette jeune fille venait de disparaître avant même d’avoir eu le temps de confier ses peines.
Avec des transports de tristesse, d’amertume et d’injustice, Chama quitta le douar. Elle ne pardonna jamais à Lekebir d’avoir fait venir un vétérinaire pour sa vache alors que le même jour il ignorait sa femme.
Chama a juré de permettre aux deux sœurs d’Hayat d’aller longtemps à l’école pour qu’elles soient un jour indépendantes, autonomes et capables de faire des choix sans être à la merci des hommes.

Soukaina Allouch
Ecole Al Fassihe

Institut français d - 80001 agadir



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