Accueil > Ressources > Chroniques vidéos d'Yvan Amar sur les "dix mots sur tous les tons"

Chroniques vidéos d'Yvan Amar sur les "dix mots sur tous les tons"

Taille actuelle: 100%

Proposé par Dis-moi dix mots le 14/11/2017

Illustration chroniques vidéos
Illustration chroniques vidéos, © Réseau Canopé

Venez vite découvrir les chroniques d'Yvan Amar sur les "dix mots sur tous les tons" :

 

ACCENT

Script

L’accent… Mais qu’est-ce que c’est que l’accent ? Qu’est-ce que ça peut bien être que l’accent ?

Voilà un mot qui a des sens multiples, et qui s’applique particulièrement à la façon dont on parle une langue, dont on prononce une langue, dont on la fait sonner. Les accents permettent de donner à une langue des variétés, des apparences très nombreuses. C’est une façon d’appuyer sur une consonne, de faire rouler un « r », d’allonger une voyelle, de la fermer : que l’on dise la « rôse » ou la rose, la fleur sent toujours aussi bon, mais l’oreille perçoit deux « o » différents. L’année vous emmène dans le Sud-ouest, votre Pâpâ dans le nord.

Ces apparences, sont comme des vêtements sonores qui en disent beaucoup sur ceux qui les portent. On ne parle pas le français à Abidjan comme à Strasbourg, à Montréal comme à Ajaccio. On ne parle pas toujours de la même façon si l’on est dentiste ou apiculteur sans que l’accent soit un indice très sûr pour connaître une profession ou une origine sociale.

Mais qui a un accent ? On peut distinguer l’accent étranger et l’accent régional. Ceux dont le français n’est pas la langue maternelle gardent presque toujours une trace de leur langue d’origine. Mais à l’intérieur d’une même langue, on a toujours l’impression que c’est l’autre qui parle avec un accent alors qu’en fait, on en a tous un.

Mais dans la plupart des langues, et particulièrement en français, il existe une certaine façon de parler que l’on se représente comme « sans accent » et qui correspond à une histoire politique. Les rois de France, par exemple, n’ont pas toujours régné sans partage sur leur pays : il fallait asseoir leur autorité. Et pour cela, montrer que la langue parlée par la bonne société dans la région de la capitale était une référence : elle passait pour la meilleure, toutes les autres parlures avaient donc l’air de s’écarter de cet exemple central et c’est encore vrai aujourd’hui.

 

Accent n° 1/10, par culture-gouv

 

BAGOU

Script

Le bagou. Il en faut pour dire ce que c’est ! Il en faut pour faire comprendre le charme de torrent de paroles ! Le bagou, c’est parler beaucoup, et bien souvent c’est parler fort, et presque toujours parler vite pour empêcher qu’on vous coupe, pour garder la main, pour garder la voix. Pourquoi tout ça ? Pour convaincre naturellement ! Et surtout pour convaincre quelqu’un qui ne l’est pas d’avance, et qui n’a pas forcément envie d’être convaincu !

Et le bagou vient vous chercher, vous attrape par la manche, ne vous lâche plus … Il y a un côté intrusif dans ce flot de paroles qui vous enveloppe, vous saoûle un peu et finit par vous captiver. Mais c’est une douce violence : on se laisse faire en souriant, moitié-sceptique, moitié-charmé !

Alors qui a du bagou ? Le séducteur évidemment, mais aussi le politique, ou le camelot, c’est-à-dire celui qui veut placer sa marchandise, qui voudrait vous convaincre d’acheter sa lime à ongle électronique, sa méthode pour n’être jamais fatigué, son vélo pliant qui se range dans un cartable, sa coupeuse de frites qui se transforme en presse-citron, puis en pot de fleurs… Plus il est difficile de vous persuader, plus le bagou a de mérite !

Et bien sûr, on ne pense pas à un discours officiel, bien sage, dont tous les mots sont pesés. Le bagou, c’est toujours un peu débraillé, un peu familier pour évoquer une langue elle aussi familière. Parce que le mot bagou dérive de « gueule ».

Est-ce qu’il dit toujours la vérité ? Allez savoir ! Parfois il exagère un peu, il se rapproche de la faconde ou de la tchatche. Parfois, il invente carrément et débouche sur le boniment ou même le baratin…

 

Bagou n° 2/10, par culture-gouv

 

GRIOT

Script

D’où vient-il, le griot ? D’une langue africaine, ou d’un mot portugais créolisé qui se serait longuement frotté aux parlers de ce continent ? En fait, on n’en sait trop rien, mais, maintenant, c’est un mot du français d’Afrique. D’ailleurs, ces griots ont beaucoup d’autres noms. Le plus courant est djéli, et on les trouve un peu partout en Afrique de l’Ouest. Tout cela pourrait nous faire penser plutôt à une Afrique traditionnelle… Mais des griots, il y en a encore aujourd’hui, très actifs et très respectés.

On traduit parfois ce terme par « maître de la parole », ce qui montre bien tout le prestige qui s’y attache. Et en effet, ce que dit le griot a un écho particulier : ce ne sont pas des mots de tous les jours. Pas des prières non plus, pas exactement des paroles sacrées, mais une langue qui échappe au quotidien, entre le parlé et le chanté, entre l’incantation et la psalmodie. Et d’ailleurs le griot est souvent musicien, et s’accompagne à la kora ou au ngoni, des genres de harpe ou de luth.

Que dit-il, celui qu’on écoute si attentivement ? Souvent, il fait la louange de la famille à laquelle il est attaché. Il en retrace le parcours et la généalogie, en s’attachant à l’éloge de chaque personnage important. Mais le griot n’est pas toujours là pour dire du bien de son protecteur : il a une liberté de ton qui ajoute encore à son prestige.

Mais c’est surtout le gardien de cette tradition orale si importante en Afrique : en maintenant vivant le souvenir des anciens, il compose une histoire qu’il transmettra à ses successeurs – ses enfants en général, car on est griot de père en fils !

 

Griot n° 3/10, par culture-gouv

 

JACTANCE

Script

Jactance ! Dès le mot prononcé, on voit qu’il est familier ! On l’entend plutôt, à cause de sa terminaison inhabituelle et qui évoque bien un certain dédain. D’abord, ce terme, toujours utilisé au singulier, n’a pas vraiment un sens pluriel, mais vaguement collectif. La jactance, ce n’est pas un seul mot, c’est tout un bavardage qu’on imagine facilement comme incessant : « toute cette jactance me fatigue la cervelle ! » C’est un flot de paroles considérées souvent comme erronées, abusives, qui exagèrent, qui dénaturent la vérité.

Mais plus encore qu’un discours faux, la jactance fait penser à un discours inutile : on l’a déjà entendu… Est-ce qu’il s’agit de parler pour ne rien dire ? C’est surtout parler trop, et de façon un peu mécanique : ça sort tout seul, sans frein et sans butoir. L’origine du mot souligne bien ces sens : la jactance, qu’est-ce que c’est ? Le fait de jacter.

Et jacter n’est pas loin de jacasser. Au départ, c’est la pie qui jacasse. Le mot dérive d’une première appellation de cet oiseau : la jaquette. Et il est vrai que les pies, au sommet d’arbres paisibles, peuvent faire un raffut, un boucan, un potin assourdissant : on voit bien qu’on est dans le familier un peu moqueur.

Et ce bavardage, il est aigu, nous vrille les oreilles sans intention apparente. Alors bien sûr, il y a des pies mâles et des pies femelles. Mais quand même, le mot est féminin, et l’image si ancienne de la femme qui papote sans discontinuer est bien présente : encore un signe d’une langue profondément machiste, qui nous forme et avec laquelle il faut bien vivre.

 

Jactance n° 4/10, par culture-gouv

 

OHÉ

Script

 « Ohé ohé matelot ! » Voilà le début d’un refrain célèbre d’une comptine que tout le monde connaît : Il était un petit navire…, qui raconte l’histoire horrible d’un petit mousse que ses compagnons veulent manger parce qu’ils sont en pleine mer et que les vivres viennent à manquer… Ce qui nous prouve bien que ce « ohé » est familier des marins : Ohé matelot… ! Ohé du bateau !

C’est une exclamation qui sert à s’appeler, et à s’appeler quand on est loin : d’un bateau à l’autre, ou bien de la rive au navire… Cela ne se dit pas sur le ton de la conversation : ça se crie, ça se hèle. Et héler est justement un verbe qui dérive de ce genre d’interjection.

Donc, c’est un vrai mot qui appartient au français, car on ne s’interpelle pas forcément de la même façon dans les autres langues. Mais c’est un mot qui est encore très proche du cri, de ce son qui nous échappe, presque malgré soi pour exprimer un sentiment : c’est le corps qui parle, et la langue lui propose une forme réduite à sa plus simple expression : deux voyelles qui se succèdent, mais qui se modulent ; la première syllabe est plus aiguë que l’autre, et certaines sirènes ont été élaborées sur ce modèle.

Si l’on crie de cette manière, c’est précisément pour attirer l’attention de quelqu’un qui ne vous a pas vu. On se signale à lui, on révèle sa présence à distance. Mais il n’y a rien d’agressif : cette clameur est assez neutre : on est bien loin de l’interjection inverse : « hé oh ! » qui cherche à éviter une collision, ou qui veut stopper l’interlocuteur qui va trop loin, empiète sur votre territoire ou se permet une attitude qu’on trouve intrusive. « Ohé ! » a quelque chose de beaucoup plus amical !

 

Ohé n° 5/10, par culture-gouv

 

SUSURRER

Script

Que veut dire susurrer ? Facile ! C’est l’un de ces mots dont on peut donner le sens rien qu’en en parlant d’une certaine façon. Susurrer, c’est parler très bas. Ce n’est pas un mot rare mais il n’est pas si courant que cela parce qu’il a deux concurrents : murmurer et chuchoter. Trois verbes qui ont des sens proches, et une formation assez proche également parce que chacun est construit sur une allitération, c’est-à-dire la répétition d’une consonne qui évoque et accentue le sens du mot : le « s » pour susurrer, « ch » pour chuchoter, « m » pour murmurer. Et donc voilà trois cousins qui ont un air de famille, et une sonorité expressive !

Sont-ils vraiment synonymes ? Bien sûr on trouve des différences : susurrer a presque toujours un complément : on susurre quelque chose, un mot, une phrase, un aveu. Chuchoter peut se construire de façon absolue, c’est-à-dire sans complément : dans une église, pendant une cérémonie, on chuchote pour ne pas se faire remarquer, pour ne pas déranger. On chuchote donc quand on ne veut pas être entendu de tout le monde mais juste de ceux qui sont tout près.

Et si l’on murmure alors ? On parle toujours aussi doucement, mais pas forcément pour dire des secrets : on élève à peine la voix, parfois par timidité, par honte, ou par faiblesse. À la fin du film, le héros qui va mourir murmure l’endroit où il a caché le trésor. Ce n’est pas qu’il ne veuille pas se faire entendre, mais il est sans force : ses derniers mots sortent avec son dernier souffle. Il murmure donc, il ne chuchote pas, il ne susurre pas non plus. Et puis le murmure a souvent un sens figuré : le murmure d’une source, du vent… ou le grondement indistinct de ceux qui sont mécontents, mais osent à peine l’exprimer : un murmure de désapprobation a soulevé la salle à la fin du discours.

 

Susurrer n° 7/10, par culture-gouv

 

PLACOTER

Script

Où peut-on placoter ? Plusieurs possibilités s’offrent à nous, mais c’est quand même plus fréquent à Trois-Rivières ou à Montréal, qu’à Ouagadougou ou à Clermont- Ferrand ! En effet, « placoter » est un mot qui appartient au français du Québec : la pratique est universelle, mais le mot fleure bon ses origines.

De quoi s’agit-il ? De bavarder, de raconter des choses sans importance, de parler pour le plaisir, sans but, sans plan, au fil de la langue. En général à deux : on placote entre amis mais aussi entre amoureux, quand les cœurs s’ouvrent et s’épanchent. Mais la règle n’est pas absolue : on peut placoter en groupe, pourvu qu’on ne se surveille pas, qu’on soit en confiance, qu’une phrase entraîne l’autre, comme un mot tire le suivant : et pia pia pia, et bla bla bla…

On voit d’ailleurs que le mot « placoter » est expressif, que sa sonorité évoque, en français – car ces associations ne sont pas universelles, elles ne valent pas pour toutes les langues…– cela évoque un piaillement, le babil des syllabes qui s’enchaînent, les sonorités qui l’emportent sur le sens !

Est-ce que le nom « placotage » est aussi innocent ? Pas forcément ! Le nom qui correspond au verbe est plus grinçant, comme si l’on était plus proche du commérage, de la médisance, du potin ou du racontar : il s’agit de dire du mal de quelqu’un en son absence, juste pour le plaisir de ternir son nom, de se réjouir, plein d’indignation, de ses méfaits réels ou imaginaires.

Et hors du Québec, comment on fait alors si on veut placoter ? Mille possibilités s’offrent à nous : on cause, on fait la causette, on taille une bavette… on papote ! Et là encore, on le retrouve, ce mot, plein de son et de sens, qui fait écho à placoter : papoter !

 

TRUCULENT

Script

À quoi pense-t-on d’abord quand on parle de truculence, d’un style truculent, d’un récit truculent, d’une histoire truculente ? Eh bien, en premier lieu, on pense forcément à Rabelais ! Dans la culture française, c’est la première référence qui vient à l’esprit : des repas de géants, des plaisirs de géants, des voix de géants qui évoquent bien sûr Pantagruel ou Gargantua.

Car la truculence s’exprime d’abord avec une voix forte, un rire qui fait trembler les murs !

S’agit-il d’une langue qui dépasse la mesure ? C’est un peu ça. La truculence déferle, et même, elle déborde : on est à l’opposé de ce que l’on appelle l’euphémisme ou même la litote, c’est-à-dire parler moins pour en dire plus !

Avec la truculence, on parle fort, et on parle beaucoup. Les adjectifs se multiplient, les verbes se succèdent, et parfois les mots s’inventent lorsque le dictionnaire classique ne suffit plus, comme dans ce grand combat imaginé par le poète Henri Michaux* :

« Il l’emparouille et l’endosque contre terre ; Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle […] Enfin il l’écorcobalisse. L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine. C’en sera bientôt fini de lui… » (Henri Michaux, Le Grand Combat, Collection « Une Oeuvre, un Portrait », Gallimard, 1927)

Ça, c’est une vraie truculence ! On le voit, cela n’a rien à faire avec la pudeur ou la timidité : les images sont crues, pittoresques, éclatantes. Est-ce qu'elles choquent ? Oui, parfois, mais souvent dans un grand éclat de rire !

Et même le mot de « truculence » peut faire sourire. De quoi parle-t-on avec cette truculence ? De tout ce dont on hésite souvent à parler, de tout ce dont on a tant envie de parler : l’appétit, la violence, le désir !

 

VOIX

Script

Voix ! Quel joli mot ! Comme si, en s’appuyant sur une consonne, V, pour mieux s’ouvrir sur une semi-voyelle, « Oua », et fleurir sur le « A » final, il voulait embrasser en une seule syllabe, l’exemple le plus convaincant de ce que nous offre la phonétique ! Un joli mot, mais une chose bien singulière ! La plus concrète du monde, et en même temps insaisissable, qui s’évanouit sitôt prononcée.

Techniquement, la voix, c’est l’ensemble des sons émis par l’appareil phonatoire humain, cordes vocales qui vibrent, vibration qui résonne dans le larynx, dans la bouche, la langue et les lèvres qui modulent, qui donnent forme à ces sons… Voilà la voix.

Pourtant elle ne sert pas qu’à parler : elle crie, elle chante, elle soupire… Et évidemment elle permet d’articuler, de sculpter ces sonorités qui vont être le support d’une langue. Elle prend donc sa forme conformément au système phonétique de la langue maternelle de chacun : une voix chinoise et une voix brésilienne, c’est bien différent.

Mais la voix a ce charme supplémentaire de n’être pas la même pour chacun d’entre nous : comme ma mâchoire ne ressemble pas à celle du voisin, ma voix n’est pas la sienne. Ce qui permet de nous différencier et de nous reconnaître aussi bien que les traits du visage. Et puis selon les humeurs, on peut encore changer tout ça, en prenant tour à tour une voix tendre ou sévère. Ce qui fait que facilement, on va l’identifier à une signification. D’où les très nombreux emplois figurés que le mot va prendre : la voix de la raison ou celle du coeur ; la voix divine ou la voix de son maître. Et bien souvent, la voix va désigner une opinion qui s’exprime : on a voix au chapitre quand on est autorisé à donner son avis.

 

VOLUBILE

Script

Une parole qui tourne sur elle-même, qui s’envole en spirale, entoure d’abord celui qui l’envoie avant d’envelopper délicatement celui à qui elle se destine, un tourbillon léger qui se dilue dans l’air… est-ce tout cela qui fait un discours volubile ? Il est sûr que le terme s’apparente à la volte, à la volute : l’idée d’enroulement et même de spirale est primordiale dans l’histoire du mot, même si elle n’est plus clairement sentie aujourd’hui. Et elle s’est effacée au profit de celle de la vitesse : le débit pressé, voilà ce qu’évoque la volubilité ! Les mots qui suivent sans interruption, qui se bousculent, qui se poussent les uns les autres en un flux ininterrompu : ils vont vite, et par conséquent, ils sont nombreux.

La phrase est abondante et le vocabulaire exubérant. La volubilité pour autant n’a rien d’agressif : il ne s’agit pas d’empêcher l’autre de parler… et pourtant, bien malin celui qui peut se glisser au beau milieu de cette onde torrentielle. De toute façon, elle sert plus à raconter qu’à convaincre, elle tient plus au plaisir de parler qu’au désir de persuader.

Si la volubilité se souvient de son origine, c’est grâce à la légèreté qui la porte, la fait s’envoler comme une fumée qui monte avant de se dissoudre. Étrangement, le sens est assez récent : jusqu’au xviiie siècle, être volubile tenait davantage de la girouette : on liait ce tournoiement à la mobilité de l’opinion, à l’inconstance de l’idée. Et plus anciennement, ce qui était volubile était simplement ce qui bougeait sans effort : un terme de vènerie, de cet art d’élever des oiseaux qui vous aidaient à chasser. Rien n’était plus volubile que la queue du faucon qui bouge incessamment !

Aujourd’hui, les associations sont passées de la faune à la flore, et on pense au volubilis, une fleur colorée qui pousse sans effort autour de nos clôtures.

Dailymotion

Facebook

Twitter

Partenaires