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Pour une langue inventive et dynamique : Agnès Desarthe et Fred Pellerin

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Proposé par Animateur le 10/03/2015

Agnès Desarthe et Fred Pellerin
Agnès Desarthe et Fred Pellerin, © MCC / Hexagramm

Traductrice, Agnès Desarthe a également publié plusieurs romans pour la jeunesse ainsi que quelques ouvrages et pièces de théâtre destinés aux adultes. Son dernier roman, Une partie de chasse, a obtenu le Goncourt des animaux en 2012.

 

Diplômé en littérature à l’université du Québec, Fred Pellerin est devenu conteur. Il a déjà derrière lui cinq spectacles, présentés plusieurs centaines de fois en France et au Québec, prenant chacun pour héros un illustre personnage de son village. Le dernier en date, « De peigne et de misère », est actuellement en tournée.

 

Découvrez dès à présent ces deux parrains de la Semaine de la langue française et de la Francophonie 2015, défenseurs d’une langue inventive et dynamique !

 

 

Si vous deviez définir votre rapport aux mots d’origine étrangère utilisés en français, vous qualifieriez-vous plutôt de « franco-franglais » (utilisateur invétéré d’anglicismes), de « franco-100% » (cherchant systématiquement des équivalents français), de « franco-cosmopolite » (aimant les rencontres et échanges entre les langues) ?

 

Agnès Desarthe : Je suis « francosmopolite » !

 

Fred Pellerin : Le Québec, avec ses quelques 7 millions de bouches francophones, partage le nord du continent américain avec plus de 300 millions d'anglophones, canadiens et américains. Les anglicismes sont donc sur le pas de la porte en permanence, tout près à venir se loger dans nos vernacularités. Comme on dort avec l'éléphant, et parce que la souris veut rester en vie, il faut maintenir une petite vigueur résistante et jouer le plus possible d'une langue dynamique, inventive, francisante. Le réflexe est à développer, toujours plus, pour nourrir la langue au contact de toutes les autres, voisines ou lointaines, et continuer à couvrir de nos mots un réel qui s'étend.

 

 

Pouvez-vous citer un ou plusieurs mots venus d’ailleurs que vous employez avec plaisir et que vous aimeriez mettre à l’honneur ?

 

A.D. : J'aime utiliser les mots suivants : « bistro » (du russe, signifie « vite »), « clebs » (de l'arabe « kelba », signifie chien), « anorak » (de l'esquimau, signifie « vêtement »). Le terme « schnorrer », pas encore intégré au français, mais dont je propose ici l'intronisation officielle, désigne toute personne qui, par un moyen ou un autre, est toujours prêt à vous soutirer quelque chose (du yiddish « schnorrer », qui signifie « mendiant »).

 

F.P. : « Papparmane » (de l'anglais peppermint) : bonbon à la menthe poivrée très-très répandu et qui porte au Québec une connotation vieillotte, traditionnelle et réconfortante. « Toune » (de l'anglais tunes) : chanson qui ne se prend pas au sérieux. Comme si le genre avait un parent artisanal. « Bécosse » (de l'anglais back-house) : petite construction dans le fond de la cour qui servait autrefois de toilette. Avant l'invention de l'eau courante, ce sont les gens qui couraient.

 

 

A l’inverse, quel mot « envahisseur » ne supportez-vous plus ? Imaginez un équivalent français pour le remplacer!

 

A.D. : « Le mot « power-point », qui ne veut rien dire et qui désigne une réalité que j'aimerais voir abolie. Si le mot cessait d'exister, peut-être arrêterait-on de projeter des images redondantes au discours produit, et qui ne servent qu'à retenir l'attention de personnes soupçonnées de ne pas être capables de se concentrer plus de trois secondes. Pour ma part, c'est l'effet inverse de celui espéré, dès qu'on parle de « power-point », j'arrête d'écouter et je me déconcentre. Il y a aussi « réaliser », quand il signifie « se rendre compte ». C'est un anglicisme sournois et qui a fini par se faire une place dans le dictionnaire français (en 2006, je crois). Je le trouve flou et flottant. Je préférerais que nous importions officiellement le mot « triffle » (qui signifie tant de choses délicieuses). J'aimerais aussi que l'on trouve un équivalent français à « glamour », intraduisible selon moi et plutôt laid en français. 

 

F.P. : Les mots envahisseurs qui me dérangent le plus ne sont souvent même pas des mots, mais des abréviations qu'on s'invente pour jouer d'économie dans les textos. Les LOL et OMG, par exemple, sont devenus des classiques que plusieurs finissent par utiliser sans même en connaître l'expression de départ. Réduire, réduire... Si ça sert souvent dans la vitesse, ça finit par nuire dans la richesse.

 

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