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Loïc Depecker : "Une poignée de porte, pour moi, c’est toujours une cliche."

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Proposé par Dis-moi dix mots le 03/02/2016

Loïc Depecker
Loïc Depecker, © DR

Loïc Depecker a été nommé, le 20 mai 2015, Délégué général à la langue française et aux langues de France (ministère de la Culture et de la Communication). Ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, il est agrégé de grammaire et professeur en sciences du langage à l’Université de Paris Sorbonne. Il est notamment l'auteur des Mots de la francophonie (Belin, Paris, 1988) et du Guide des mots francophones, Le ziboulateur enchanté (Le Seuil, Paris, 1999).

 

  • Vous êtes l’auteur de nombreux ouvrages mettant en valeur les variétés du français (Les mots de la francophonie en 1988, Les mots des régions de France en 1992 ou encore le Guide des mots francophones en 1999). Pourquoi ce sujet, en particulier, a-t-il éveillé votre intérêt ?

J’ai terminé Les mots de la francophonie en 1988. C’était le premier ouvrage qui établissait un florilège des expressions francophones. À cette époque, la Francophonie était en construction et il me semblait nécessaire de montrer qu’il ne s’agissait pas uniquement d’une coopération économique ou culturelle, mais également linguistique. Je travaillais alors dans les services du Premier ministre sur la francisation des vocabulaires techniques et scientifiques, notamment ceux qui arrivaient des États-Unis. Une idée commençait à percer : rechercher dans les pays francophones des néologismes que nous pourrions utiliser en équivalent de termes américains. Ça me passionnait. Par exemple, nous cherchions désespérément un équivalent pour le mot tour operator. Les Québécois avaient déjà officialisé « voyagiste » en 1981, terme que nous avons importé en France. C’est à cette même période que j’ai pensé à écrire Les mots des régions de France, portant sur les richesses du parler dans les régions. Je trouvais des merveilles ici ou là. Ainsi, dans les environs de Nantes, on n’utilisait guère le mot « abribus » qui est une marque déposée, mais « aubette ». Nous avons repris ce terme pour l’étendre aux abris de bus, taxis, tramways… Voici une des idées de ma vie : remplacer les termes anglo-américains par des mots qui existent mais que nous n’avons pas sous la main !

 

  • Comment avez-vous procédé pour relever ces termes ?

À la fin des années 1980, il y avait assez peu de relevés sur les termes francophones. On trouvait des monographies par pays, dispersées dans les bibliothèques, ainsi que dans les atlas linguistiques. J’ai butiné dans un grand nombre d’ouvrages. Je voulais faire comprendre au public la richesse du français parlé hors de France. La faune et la flore sont passionnantes de ce point de vue ! En Lorraine, on appelle le colchique « la belle toute nue ». Quant à la coccinelle, elle est appelée « petite Marie », « bête à bon dieu »…  Il a fallu attendre vingt ans pour que le grand public s’intéresse aux mots francophones. Entre 1988, date à laquelle j’ai publié aux éditions Belin Les mots de la francophonie, et 2013, quand est paru chez Larousse mon Petit dictionnaire insolite des mots de la francophonie, je me suis aperçu combien la documentation sur le sujet s’est amplifiée, offrant aujourd’hui une bonne vue d’ensemble.

 

  • Dans un espace mondialisé, ces régionalismes et particularismes locaux ont-ils tendance à s’estomper ?

Face à la mondialisation et à l’anglicisation, on constate que chacun affirme son envie de « rester soi », de revendiquer son identité, son origine. Je viens d’une famille du nord de la France. Une poignée de porte, pour moi, c’est toujours une « cliche ». La fête, c’est la « ducasse ».

 

  • Les lecteurs français sont particulièrement friands d’ouvrages dédiés à la langue française en général et aux expressions en particulier. Comment expliquez-vous cette passion ?

La question de la langue est devenue majeure en France. Premièrement, les problématiques sur notre identité sont au cœur de nombreux débats. Cela s’accompagne d’un intérêt grandissant du public pour les mots, l’étymologie, l’histoire de la langue. Je le constate en discutant avec mes étudiants, qui aiment apprendre comment les mots ont voyagé, traversé les océans... Enfin, il y a de plus en plus de documentation. Dans les années 1980, les ressources sur l’étymologie étaient dispersées dans les dictionnaires. Aujourd’hui, les livres sur le sujet sont plus nombreux que jamais et internet nous permet d’avoir accès à toutes sortes d’informations sur ces questions.

 

Retrouvez les articles sur la thématique 2016 de la Semaine de la langue française et de la Francophonie :

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